La Putride
Sous la pâleur de la lune en cette froidure
Le marais nauséabond publie ses effluves,
Baignée de ces émanations, sa chevelure
Est le doux nid d’une colonie de réduves.
Elle va dans cette boue, encrassée de fientes,
Bousculant infectes insectes et autres araignées,
Sa gorge décharnée suit une laide pente,
Aussi crevassée qu’une falaise, un glacier.
Dans son corps, nulle vie, ni regard ou velours,
Du poil au menton, ô toi qu’on ne voudrait pas,
Elle est l’Eve à la compote qu’on ne savoure,
Apre plat régurgité par votre estomac.
Son corps cadavérique ne connait de l’émoi
Que tous ces coups de bâton sur son dos vouté
Sa peau pendante se balance quelques fois
Au bon vouloir de sa marche peu assurée.
Oiseau charognard, oiseau de mauvais augure,
Les galbes de son corps se rident, s’atténuent,
Et ce jour-là, quand Zeus mêla vos aventures
A cette Pandore, d’un vous tombiez des nues.
Si vous croisez en chemin cette femme laide
Cachant des plaques de crasse au creux de ses rides,
Priez fort que la Camarde vous vienne en aide,
Car préférez un squelette à une putride.
[ © AN BRAZ ]
Camille Fayard