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Poème déposé sur le site le : 22/07/2007 22:30
UTOPIA ou la métaphysique d'un rêve
Cherche.Trouve.Ne te retournes pas, regarde devant toi.Le fil se délite.Ariane qui m’appelle.Des indications.Les circonvolutions.Ces murs en mouvement.Et l’angoisse qui me sert le gosier.Et si je ne devais jamais plus être aimé ? « Sors, Théo, Sors… ».La lumière, ce zoom cliché, une échappatoire, un ailleurs.Le labyrinthe qui s’effondre.L’extase.Il faut fuir et fermer les yeux.Mes ailes me brûlent et un gouffre entre en scène.Odeur de canard laqué dont on aurait omit d’ôter les plumes.Déchiré, incandescent, le vide se concrétise, sans fin.Une femme.Hypnotique et détachée, elle m’ouvre son corps.« Un rêve, juste un rêve » la déception dans la voix, dans les yeux.C’est clair que ce n’est pas le plus entraînant pour se réveiller.Sortir d’un long rêve où ce qu’on espère est à porté de doigts et puis dans le bruit ouaté du réveil matin, on se rend compte que non c’était juste un rêve.Les rêves, aspirations profondes d’un subconscient presque plus présent et véridique que le conscient ? On veut y croire ou alors c’est tellement craint que la peur réelle est décalquée sur la nuit.Aie, encore la marque de l’oreiller, comme la cicatrice du rêve sur ma joue.Déjà que je suis la risée du métro ... Théophile, c’est ma mère qui m’a appelé comme çà.Comme la plupart des gens d’ailleurs, enfin, je suppose.C’est long Théophile.C’est loin de ces prénoms qui claquent comme des bannières au vent.Un nom de poète aux mains fragiles, loin du corsaire buriné que j’ai voulu être.D’ailleurs, j’suis ni corsaire, ni poète.Je suis ce qu’on peut appeler un raté, un inadapté.J’ai essayé d’écrire des bouquins pour les enfants.L’éditeur a été bref : «quant on a pas le talent qui va avec l’ego, autant cultiver les répliques.» on s’y fait… à la longue.Alors du coup, j’ai décidé d’écrire un bout de ma vie.Pourquoi un seul bout ? Parce que je suis un rythme binaire.Nul, puis enfant de la Chance. Ma maison d’édition m’a planté.Il parait que la vie d’un anonyme, c’est pas rentable, ma vie n’est pas rentable, non valable.Je suis pas plus con qu’un autre.Je suis médiocre, tout simplement, et çà m’effraie.Encore, un imbécile, il amuse la galerie, moi je suis sombre … et timide comme pas deux, ce qui signifie: handicapé social.Dommage qu’on ne puisse pas le marquer sur la carte d’identité. Aliéné ,cette routine qui me tient au corps.Je suis lobotomisé, en végétation.Je suis un légume, en moins vert.Oui, j’ai 26 ans.Métro, boulot (ce qu’il en reste) et dodo (bien que ce soit de plus en plus difficile en ce moment) ; C’est mon quotidien, mon lot. Théophile est un homme, ni bon ni mauvais, pas de manichéisme pour un livre sur la duplicité.Sa vie, c’est l’anti-utopie, c’est l’enchevêtrement routinier de l’existence d’un X.Théophile, c’est le poète lambda qui sommeille en tous.Loin du génie, loin du débile, c’est le 0 de l’axe orthonormé. Le seul piment rose de ma vie, c’est « Elle », ça peut paraître con, mais elle me permet de tenir, je ne dis pas que je tiens plus à la vie, au contraire, je déteste tous ces névrosés qui geignent qu’ils sont foutus.Non, moi je suis juste inadapté à cette vie là, dans ce monde là, avec les conflits géopolitiques présents et ma concierge très présente.Du coup, mon petit bout de soleil quand j’ai un coup de spleen, c’est « Elle », ma guitare.Elle me galvanise, elle me noue l’estomac, elle me rend dingue, elle me rend triste, c’est « Ma ».J’ai aussi une fiancée, Astrid… Et elle m’aime.On s’est rencontré, on avait 10 ans, on était amoureux et puis à 19 ans, on s’est retrouvés et puis voilà… elle a acquis le nom de fiancée.C’est dur de s’avouer que le goût de ses lèvres m’est indifférent, que les souvenirs communs appartiennent de plus en plus au monde révolu du passé.Alors on culpabilise, on se dit demain est un autre jour, on se mord la langue, mais le silence du non amour est là, bien palpable. L’amour s’étiole et se poursuit, comme un canevas inachevé qu’on repousse chaque jour au lendemain.Théophile…Partir, partir loin, ou alors pas loin, mais sans personne.Bâtir sa vie en ayant un but, poursuivre une tâche mais s’évader des immeubles grisés par le carbone, de ces sens interdits, de ces rues piétonnes.Théophile, les cernes de la lassitude d’un monde qu’il ne comprend pas aussi bien qu’il le voudrait, tous ces mécanismes parfaits orchestrés sur fond Wagner, où les fils sont subtilement noués, dénoués. Encore un jour de plus, encore des sourires à feindre, mimer la bonne humeur du parfait intégré, les boutades de potaches des collègues balourds, la lourdeur du soleil qui comme dans l’étranger qui donne presque envie de meurtre, les secrétaire mi offertes mi bougonnes, un peu bornées dans leurs classeurs « ah bah non hein, le dossier X***c’est le classeur rouge hein… », avec leurs « hein » en ponctuation.S’évader, s’évader, s’évader à la mine du crayon… Mon dieu qu’elle est belle cette fille, femme maintenant, que Théophile observe, ses longs cheveux châtains qui s’étoffent en boucles légères, ses yeux bleu-vert « couleur huître d’outre atlantique » et ce je-ne-sais-quoi dans le regard qui pétille de malice, de cynisme et de tendresse…Personne ne pouvait y être indifférent.Théophile, si.Le temps a érodé ce charme de l’inattendu, l’attraction pour l’inconnu, la découverte.Il connaît tout d’elle.Le grain de sa peau, la chaleur de sa bouche, cette poitrine qui palpite sous ses mains.Il sait qu’elle aime l’art, particulièrement la peinture abstraite, elle aime ce coté vide plein de talent, où l’absence de contours précis donne un interprétation purement esthétique et personnelle, une émotion particulière pour chaque visiteur, émotion qui se révélait bien souvent pour Théophile être de l’indifférence.Elle aime s’asseoir les genoux croisés, position sphinx assis, et puis admirer jusqu’au dégoût une œuvre qui la touche, sans qu’elle sache exactement pourquoi, sans l’admiration qu’on peut porter a un travail minutieux mais avec l’éclat furtif du charme, une parcelle de génie qui émerge de la gouache.Il la connaît tellement bien.Elle l’attendri, mais ne l’émeut plus. Je déteste les femmes qui pleurent.C’est répugnant.Les yeux rouges, sanctifiés, les paupières inférieures et supérieures gonflées à se demander si le JT de 20h00 auquel on a pas assister a évoquer un désastre écologique dans un futur tout a fait prochain….Une femme qui pleure à quelque chose du salami .Une tranche de saucisson chaude et humide.Le mascara a coulé en rigoles sur leurs joues et dans un grand reniflement elles se lovent contre vous et vous gratifient d’une traînée noirâtre sur votre chemise blanche et propre de la veille. Mais Astrid, quand, les yeux embués comme les vitres, elle se colle a moi, elle redeviens « ma meilleure copine de CM2 », elle pourrait saloper tous mes cols de chemises, je ne lui en voudrais même pas.C’est quelque part de la reconnaissance, de la gratitude, c’est la seule qui m’aie tendu la main quand j’étais seul, tête de turc, paria, marginal… : je n’aimais pas le foot.Ma grande tare de primaire, ma croix, mon supplice. L’amour, le foot… idem.Théophile n’a jamais voulu y jouer, mais c’est sa socialisation qui l’a emporté sur ses réticences.L’amour…Racine, la mère d’Albert Cohen, Shakespeare, tous l’ont dit, répété, la passion ne mène nulle part, au déracinement, et pour virer toute voiles dehors dans le mélo, à la mort parfois.Toute passion amène à une issue tragique.L’amour, c’est l’habitude.Il ne faut en aucun cas confondre avec attirance.L’attirance, c’est l‘instinct animal qui vous pousse vers une personne qui vous plaît.Sans plus.Mais c’est l’habitude qui forge un « couple ».J’emploie habitude dans un tout autre sens que routine, la routine détruit, mais l’habitude, c’est deux corps apprivoisés l’un l’autres, l’un le renard, l’autre le petit prince, c’est se connaître par cœur sans trouver çà lassant.Mais Théophile lui, il connaît tout d’Astrid, sans grande joie.C’est la routine qui l’habite.Pourtant il est fidèle.Mais la fidélité est subjective.On en distingue deux.La fidélité morale : « je vais voir ailleurs, mais je n’en aime véritablement qu’une », ce qui est généralement caractéristique chez les hommes, et puis la fidélité physique : « je ne vais pas voir ailleurs, mais je rêve parfois à d’autres ».Plus féminine comme approche.Et puis il y a la « fidélité absolu » : « je rêve de celle que j’aime, et je reste avec elle ».Mais le fantasme est androgyne.Chez Théophile, c’est la part féminine qui l’emporte, approche plutôt malsaine puisque reléguer ses pulsions au rang de fantasmes s’avère presque plus dangereux, le fantasme ne trouvant pas de limites.Théophile est donc habité par des fantômes de femmes inconnues, « qu’il aime et qui l’aime ». Pour être succinct et tout a fait rasoir, un aperçu de la spirale de médiocrité dans laquelle je vis : mon job se délite, ma vie sentimentale s’effrite, mes envies fondent comme neige au soleil -pour utiliser un adage connu de tous- ,les yeux rivés sur l’écran de mon ordinateur, retouchant une virgule, ajustant un accent, lire sans arrêt ce que d’autres ont écrit, et puis reprendre, annoter une réflexion, la lecture elle-même ne se suffit plus, seules les coquilles, les fautes d’orthographes, les tournures grammaticales, comptent.Obsédé par la ponctuation, ce boulot me rend complètement à côté de la plaque.Sans aucuns repères.Criblé de doutes (et de dettes, mais çà on ne le dit pas), je me rend compte de la vacuité de ma vie.A quoi dois-je servir ? Pourquoi suis-je un maillon indéfectible et inutile de la chaîne ? Pourquoi vivre ? C’est quand j’ai lu mon horoscope dans un journal X que je me suis rendu compte a quel point les gens ont besoin d’être rassurés sur leur avenir pour vouloir le vivre.On me disait que j’allais « trouver l’homme de ma vie dans mon signe complémentaire ».C’était dans femme actuelle.Mais le message est bel et bien le même : on a tous besoin de se dire que demain sera meilleur. Théophile.Echec.Echec.Théophile.Questionnements.Doutes.Remises en causes.Théophile.Un musicien, un artiste né pour vivre dans un autre siècle, le monde semble tourner autours de tous, sauf de lui.C’est surtout lui qui tourne autours du monde.C’est un ennuyé qui, comme ceux qui ne sont pas pris à plein temps entre travail, famille, chiens, chats, lapins, cobayes, ont le temps de prendre du recul, de se remettre en cause, de tout remettre en cause.C’est ce questionnement qui amène le doute et le doute se mue en désespoir.C’est le renouveau de la crise d’adolescence.Ce moment clef de la vie, qu’on oublie tous qu’on a vécu un jours, mis à part un vague souvenir de mauvaise humeur et d’heures passées a écouter de la musiques en végétant sur son lit , où on envoie tous nos clichés, toutes nos idées reçues, toute notre éducation, valser.Ce grand moment de solitude où tout est motif à questionnement.Ce moment où l’on se rend compte que son papa n’est pas « le plus fort », que chacun à ses faiblesses, que les actions ne sont pas forcement justifiées, que tout n’est pas bien ou mal, mais ambiguë, ce moment où l’on apprend ce mot « contexte » qui « dépend » toujours.Théophile revit cette adolescence. Je me suis toujours demandé, enfant, pourquoi l’argent existait.Question qui provoquait un grand rire et des regards attendris devant « tant de candeur et de naïveté ».Mais malheureusement, ce qui peut paraître puéril, je n’ai toujours pas compris.Pourtant on a pris le temps de m’expliquer : L’argent c’est donc ce qui a remplacé le troc, facilitant ainsi les choses, les équivalences étant subjectives etc… bref.Mais la valeur donnée aux choses n’est-elle pas aussi subjective ? Bien sûr, elle est déterminée par la rareté etc...Mais la vie ne serait-elle pas simplifiée si la monnaie n’existait pas ? Les rapports d’intérêts existeraient-ils ? Hmmm...Pas simple.Personne ne le sait, puisque personne n’a essayé.Ah si, j’ai lu un truc dans le genre, pas sur l’argent, hein, mais un livre ou le droit de propriété était supprimé.Tout le monde va prendre ça pour du pseudo marxisme primaire, mais je m’en tamponne.J’ai lu ça à la boite, ça va me revenir… Utopia, de Thomas Moore. Et si un monde « meilleur » était un monde sans lois.Sans règles.Une république bananière améliorée (sans bananes), une liberté totale, libre de ses actions, libre de détruire, libre de créer, libre d’aimer.Mais « la Liberté s’arrête la où commence celle des autres ».C’est le dilemme de l’utopie.Utopie faits partie de ces mots à connotation péjorative, qui comme un souffle discret, murmurent : impossible.La liberté.Un bien grand et beau mot, un mot qui galvanise, un moteur, mais aussi une formule ; qui effraie.En effet si l’on part du principe que chacun est libre, il ne peut enfreindre la liberté d’autrui, ce qui limite la liberté même.La liberté c’est le lot des hommes forts, capables de résister à la perte de repères.Mais l’homme est faible ; il a besoin de valeurs, qui le stabilisent, qui l’orientent, la religion en est le schéma type.Mais là ou commence la règle, la liberté se blesse.Un homme ne veut pas sortir de cet état de minorité dans lequel il est plongé et rassuré depuis la naissance.Pourquoi chambouler, se poser des questions.L’homme reste éternellement mineur.Le philosophe, lui, va sur ses vingt et un ans.Essayez de rendre majeur un adolescent.Au premier abord il se dira «adieu parents, pace salut, à moi la vie.» Au second, il sera tétanisé par les responsabilités qui vont le prendre à la gorge.Cet exemple illustre l’état dans lequel se trouvent les hommes.Le refus des doutes.Théophile doute. Hmmm… ce maudit réveil qui sonne la charge, qui sonne ma décharge et qui se recharge ! L’espace d’un instant je me répète qu’il n’est que 6h30 et qu’il me reste trente minutes de fainéantise végétative.Aller ...le courage pris à deux pieds, j’ôte d’un coup de poignet sec la couette protectrice.Un brimborion dans les vappes, l’œil semi clos, l’air bravache, aveuglé par la lumière de ces volets crées pour êtres ouverts quand ils ne le devraient pas, j’avance a pas pesants et réglés en direction de la salle de bain.C’est fou ce que je ressemble à ma mère.Les mêmes mimiques.Chaque jour c’est une nouvelle surprise, une nouvelle déroute.Comme pour me rappeler a jamais d’où je viens, de qui je suis né, de celle qui m’a offert la vie et un prénom.Devant cette glace, je suis vulnérable.Les yeux de ma mères me scrutent, me sondent, et çà me terrifie.J’ai une frayeur viscérale de la reproduction des schémas, de ce que j’ai vécu.Je ne veux pas finir comme elle.Je n’aurai jamais d’enfants, je ne veux pas être comme elle, je n’aurais jamais d’enfants, je ne veux pas être pareil, je ne veux pas faire souffrir mes enfants.Je ne mourrais jamais, je ne leur ferais jamais peur, je les borderais toujours.Ça y’est, bravo Théo, la larme a l’œil, c’est très malin.« Boys don’t cry », n’oublie pas.Il faut que je prenne une bonne douche, noyer mes larmes dans le savon, étouffer les sanglots dans du shampoing.Un sucré/salé qui mousse. C’est sa glace qui rend à Théophile ce qui est à Théophile.Ses peurs, ces éclairs de lucidité, ses doutes, ces images furtives, ces réminiscences tristes, ces moments volés qui remontent en bouffée, volutes de nostalgie avec tout ce qu’elle contient d’amer et de tendre.Il se surprend, il surprend son reflet, victime et bourreau, torturé par l’abandon passif de cette belle femme du monde qui ne l’a élevé que pour le montrer.Les yeux embués comme les vitres, il ne la quittera jamais.Plus il y réfléchi et plus son regard sur les choses devient sombre, absent de tout optimisme, plus le temps passe et plus il devient aigre, habité par les fantômes de son enfance, de ses échecs, de ces preuves qu’il aurait voulu donner et qu’il n’a pu que prévenir.Il jette parfois ce regard qu’on les gens agressés par les reculs, il ne rend plus les choses belles. Et dire qu’un lever de soleil me rendait heureux.Celui-ci à la fadeur des petits matins ouatés...La contemplation, la rêverie.Besoin de respirer.Aérer mes synapses, prendre du recul.Pouvoir lire comme quand j’étais petit ; avec cette délectation qui rougie les joues, abîme les yeux et épuise.J’ai besoin de cette fatigue saine.Pris par les lignes en oubliant le temps, se substituant au personnage principal, vivant ses tribulations avec plus de passion qu’il ne le fait lui-même.Mais d’abord une bonne balade.Paris est étouffant de touristes échaudés, Paris la belle, Paris se fait belle sous tous ces yeux bridés.Les miens sont cernés.Le bois de Boulogne, si cliché, serait l’endroit idéal.Amener Astrid ? Non.Pas besoin de deux souffles pour inspirer mieux. Théophile, brisé ? Non.C’est un de ces ennuyés de la grisaille quotidienne.Il fait partie de ceux qui ne savent pas vraiment éclairer leur quotidien.Ceux qui l’assombrissent.Les négativistes, les pessimistes, les sceptiques en un avenir meilleur.Ceux pour qui les mots « carpe diem » sont mis sur le même plan dans le dictionnaire que « banalité » « billevesée » « niaiserie » « enfantillage » et dont le souvenir le plus récent est Ethan Hawke sur une table déclamant « oh capitaine, mon capitaine ! ».Théophile, c’est un baudelaire.Il oublie qu’on peut nous même égayer notre quotidien.Que le soleil, il se cherche, il ne nous tombe pas dessus.Théophile va au bois de boulogne.Grand bien lui fasse. J’ai peur.J’angoisse sans somatiser.Eux tous misent sur un cheval qui n’a pas encore couru.Une bulle spéculative se gonfle, sur moi, mon potentiel.Elle risque de voler en éclats, dans un futur plus proche que je le crois.Et là, la déception, cet instant où l’on se rend compte que l’on s’était trompé.Ce moment où le masque tombe.Ce bal d’incompréhension réciproque où le voile lache, et la déception s’affiche, grande.A commencer par les yeux.Surpris, puis trahis.Le sentiment de s’être fait roulés, d’avoir tant cru en un rien.D’être dépossédé d’un espoir.Après vient la compassion, la compensation.Je me terrifie de lucidité, ma médiocrité se camoufle, elle me fuit pour mieux tromper les autres.Elle me laisse face à mon désarroi. J’essaye de prévenir, d’avertir le dégât, mais on me regarde comme un prédicateur imbécile, un faux modeste.Le genre qui agace.Dites moi le jour, l’heure pour que je m’enterre sans avoir le loisir de dire « je vous avait prévenu ».La déception sera la même, cuisante, pour eux.Et le désespoir sera complet, pour moi. Aucune confiance en lui.Théophile est habité par la terreur perpétuelle de l’échec.C’est ce qui lui a fait rater ses études.Il a cru que planter une année c’était ruiner sa vie et maintenant c’est lui qui la détruit peu à peu, avec des ruminements incessants.Ces éclats d’angoisse, il les connaît depuis le jour où on lui a prouvé, où il s’est prouvé, qu’il pouvait sortir du lot.Depuis il se terre dans la frayeur de devoir sortir de ce lot, en aspirant à l’excellence.Alors il piétine, il saute a pieds joints pour gravir l’échelle sans penser que dans échelle on entend échelons.Tout, tout cuit.Tout maintenant.Et rien au final. Et rien au final…un écho qui résonne, pars, reviens.Je sais où le bas blesse.Je connais la cause de mon insatisfaction.Je sais ce qui ne tourne pas, je sais où je ne dois pas aller.Mais je m’y engouffre.Comme magnétisé.Il fait si beau.Journée trop bleue pour être totalement parfaite.Il me manque ce vent, le sable humide, la mer si vaste, mes roches si rouges et puis, et puis les imperfections vertes, mon rochée de la fée.Le conte de ma mère. D’ici trois jours mon masque va tomber.Mon statut d’imposteur confirmé, j’ai hâte de savoir ce qui va me rester.Qui va rester, jusqu'à quand, et pourquoi.Pour Qui ? Pour moi ? Ou pour celui qu’ils connaissaient, celui qui les faisaient rire et rêver.Je ne sais pas, je sais plus rien.Et comme les médiocres, je n’ai plus peur de rien.Je fais semblant de me foutre de tout, l’inertie lymphatique refuge que j’ai tant critiquée auparavant.Quel gâchis, quelle faiblesse.Quelle honteuse vanité que de se morfondre dans son rien prénatal.Mais le bonheur éprouvé dans sa morgue hébétée, c’est la force de la faiblesse.C’est la force qui m’attire, me précipite et me noie.Me prend à la gorge, et moi je me complaît dans cette asphyxie vaine, dans cet alcool qui calme et qui pulpe les lèvres, dans la douce hérésie de l’éthylène qui repaît.Je suis là.J’écris.J’écris ma vie de rien, j’écris ma vie pour rien.Et j’ai peur.Peur de moi.On m’a dit que je ne savais rien écrire de positif, de constructif, du beau.On m’a dit que j’étais un Baudelaire, on m’a dit que certains m’aimaient, on m’a menti, on m’a critiqué, on m’a jugé sans savoir ce qu’il en était vraiment, on a médit dernière mes épaules, et je me suis caché, et j’ai refais surface, et je me tient alerte, en attendant de marbre, qu’il advienne ce que pourra.J’ai les lèvres violettes.A Bas le côte du Rhône ! Et ma langue ne sait plus tourner.Et mes gestes ont perdu en vivacité.Et mes larmes ne peuvent plus couler.Coulé.Noyé.Touché.Gagné.Et le pain que je gagne à coup de sueurs, à coup de cliques, j’en ai ma claque.J’ai les paupières lourdes, et j’écris au présent.J’écris pour me calmer le temps.Et je prends mon temps.Et je sème ma détresse.Les pauvres gens à qui je m’adresse.Ridicule.Eploré.Déprimant déprimé.Tous ces regards fuyants, qui implorent la grâce, qui me demandent si ça va, qui me demandent si ça passe, et qui s’éloignent.Je suis désolé.Je suis désolé.Je ne voulais pas.Et pourtant c’est un dernier recours.Et ils s’éloignent de moi.Je sais pourquoi.La faiblesse de la dépression.Ca effraie.Ça tient à l’écart.Quoi de moins bandant que celui qui ne rit plus.Je ne veux pas de pitié, je ne veux pas de compassion.J’ai besoin de dire, j’ai besoin de raconter, j’ai besoin de narrer, je ne veux pas être nargué.Je suis désolé.Je ne demande rien, ou plutôt beaucoup.L’écoute et le silence.Le réconfort muet du partage.Je suis désolé.Je ne veux pas rendre triste.Je ne veux pas.Non. Tu sais y’avais la place, le courant et les vagues.Tu sais y’avait l’ivresse, la violence et le calme.Et puis y’avais mes yeux fatigués et acides, qui ne pensaient pas, qui buvaient la tasse.La dernière au citron.Tu sais y’avait la place, sur le pont vide et gelé, y’avais même de quoi se faire toute oublier.Et tomber dans le Rhône noir.Le Rhône qui gémissait, encordé au vent.J’aurais pu dériver dans le couloir du midi.A la faveur du vent, à la faveur de l’oubli.Et puis y’avait Fourvière et sa bénédiction, qui jaugeait, assise, balourde et éreintée.Qui me disait comment.Et puis y’avait ces gens que j’n’avais pas remarqués.Et une toute petite fille, un petit brin de beauté.A Bossuet ou Atchoum.Quelle importance maintenant.Puisqu’elle a tournée, la girouette du moment.Il neige des grêlons comme des poings.Dressés, gaillards, Hardis, bâtards… Comme mon nom.Qui a été le tien.Un bout de soleil, de feu, acide, plus que mes yeux.Il couvre la ville froide.Et mon duffle-coat rose.J’ai encore perdu mes clefs. Y’a que les gens qui n’ont rien vécu qui ont des principes.
*°* Vodka *°*
Remarque de l'auteur
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