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Poème déposé sur le site le : 06/10/2007 12:39
La légende Noire...
Je me suis réveillée un jour (ou une nuit, allez savoir, ici, tout est éclairé par des bougies, qui, étrangement, ne réduisent jamais… !) , dans une immense bibliothèque.Pour moi, qui ai toujours aimé les livres, les arts, la culture, j’avais l’impression d’être au Paradis… Au Paradis… Serait-ce possible ? M’aurait-on absout, moi, la femme sans religion, moi, la déiste que seule la conservation du pouvoir motivait ? J’avoue qu’un moment, le doute m’a pétrifiée… Cette salle, immense, remplie de tant de volumes qu’une dizaine de vies n’auraient pas suffi pour ne serait-ce que les feuilleter, n’allait-elle pas s’embraser et se transformer en un brasier, un bûcher perpétuel ? Ayant toujours été quelqu’un de décidé, je n’ai pas dérogé à mes habitudes.Si danger il y avait, autant prendre les devants.Si le feu se déclarait, il le ferait, que je m’approche des rayonnages ou non.Fascinée par l’étendue couverte par les reliures de toutes sortes, de collections, de formats, de couleurs qui parfois me paraissaient étranges, j’en oubliais rapidement mes craintes pour me concentrer sur ce que les étagères supportaient. Je n’aurais jamais imaginé qu’il existât autant d’ouvrages dans le monde entier.Ma bibliothèque personnelle, dans ma résidence des Tuileries était pourtant réputée.En quoi donc ces reliures, qui n’étaient ni en cuir, ni en tissu… dont les pages n’étaient même pas cousues… étaient-elles faites ? M’interrogeant, craignant encore que le moindre de mes gestes ne déclenche le mécanisme d’un piège comme il en existait dans certaines salles du Louvre, j’osai toutefois extraire un volume de la masse.Le feuilletant, je découvris, en lieu et place de l’autorisation royale, un nom, que je supposais être celui de l’imprimeur, et une date : 2007. Ces chiffres s’imprimèrent sur ma rétine… Je fermai les yeux, mais ils étaient toujours là, inscrits en lettres de feu.En vain, j’essayai de me persuader que j’avais mal lu.Ce ne pouvait pas être une date, en tout cas, pas celle de l’édition de cet ouvrage, on l’inscrivait d’ailleurs d’ordinaire en chiffres romains et non en vulgaires chiffres arabes.Pourtant, l’évidence était telle que je dus me résoudre à l’accepter : certaines reliures m’avaient paru étranges, les caractères d’impression n’avaient même pas marqué le papier sous le poids de la presse, et ce papier, lui-même, si différent de celui que j’avais l’habitude de manipuler… Ceci plus ou moins acquis, je fis un rapide calcul : morte en janvier 1589, si la date donnée sur cet ouvrage était bien celle de sa parution, 2007, j’avais 418 ans de plus que lui… Un rire d’abord nerveux, mais tirant de plus en plus vers l’hystérie me secoua.J’eus bien du mal à me contenir et à me remettre de cette émotion.Moi, qui à l’époque, avais l’impression d’être en complet décalage avec les idées et les mœurs de mon temps, je me trouvais aujourd’hui confrontée aux pensées d’un autre millénaire ! Quelle ironie ! Le sort n’a jamais été jeté en ma faveur… Retrouvant peu à peu mon calme légendaire, je m’assis un instant à une des tables de lecture qui occupaient le centre de la pièce.Le fauteuil dans lequel je m’étais installée était confortable et propice à la réflexion.Fidèle à mes habitudes, je tentai d’analyser la situation. Si j’en croyais la date imprimée, j’étais restée éloignée du monde depuis plus de quatre siècles… Difficile à accepter quand, comme moi, on a toute sa vie cherché à tout contrôler… Le premier choc passé, et les idées plus claires, le côté pratique prit le dessus : je me suis interrogée sur les raisons de ma présence ici.Outre l’évidence de me mortifier en me faisant comprendre que le monde avait poursuivi son cours sans moi, ce dont je n’avais certes pas douté, il devait y avoir une autre raison. Je me relevais donc, approchant lentement des rayonnages, une sourde angoisse comprimant mes entrailles, sensation que je m’étonnai moi-même d’être en mesure de ressentir… Je pris une longue inspiration et levai les yeux, sans ciller, bien décidée à en avoir le cœur net et à découvrir le pourquoi de ma présence dans cette immense bibliothèque.La solution devait se trouver dans le contenu des ouvrages qui se pressaient autour de moi.Cette évidence me glaçait le sang, si tant est qu’il en coulât encore dans mes veines… J’étudiai donc les titres inscrits sur les tranches qui s’alignaient devant moi, surprise tout d’abord, stupéfaite, tremblante et suffocant presque lorsque, arrivée au bout de la travée, je fus obligée d’admettre que tous ces ouvrages avaient trait à mes régences, à ma personne, à ma famille, à l’Histoire des Valois que j’avais contribué à forger. Je fus forcée de m’asseoir, ma dignité m’interdisant, encore à cet instant, de m’effondrer.Jamais de mon vivant je n’avais pris en compte les pamphlets que l’on écrivait contre moi, résolue que j’étais de servir de bouc émissaire à la haine politique et populaire pour que mes fils puissent régner en toute quiétude.Et puis, il faut bien l’avouer, ma position de gouvernante du royaume me plaçait bien au dessus de la vindicte de mes sujets mal contents.Quand je repense à ma situation d’alors, et à ce que je sais de l’histoire de France aujourd’hui, je me dis que j’ai tout de même eu de la chance de conserver et le pouvoir et ma tête… Mais ici, il ne s’agissait pas seulement de pamphlets, si j’en croyais l’épaisseur des volumes.Tant d’ouvrages, tant d’auteurs différents, tant d’encre… et tout cela autour de mon histoire, de ma vie, de mon œuvre politique… J’avoue que ma fierté a rapidement pris le pas sur mon effarement.Moi qui avais été si souvent et si longtemps dénigrée, humiliée, j’avais apparemment traversé les siècles avec panache.Quelle revanche ! Ah ! je me doutais bien que le portrait que l’on devait brosser de moi n’allait pas être des plus tendres, mais quelle importance ! On ne m’avait pas oubliée ! J’avais traversé cette Histoire et le temps qui m’avaient bafouée, en me mettant au banc des accusés, en m’accablant des fautes des uns et des autres, sans parler des miennes. Forte de cette constatation, et n’ayant pas d’illusions sur ce que j’allais découvrir, je sélectionnai quelques volumes, essayant de varier mes choix, si possible, entre romans, biographies, relations historiques… L’avantage de ma situation, pensai-je en souriant, c’est que j’avais tout le temps devant moi… Mais si j’en croyais les dates de parution qui s’étalaient sur plusieurs siècles, on continuait d’écrire à mon sujet ou sur ma régence, et de nouveaux titres apparaissaient,régulièrement.. Je ne vous ferai pas la liste détaillée de ce que j’ai compulsé.Je vous citerai seulement quelques auteurs tels Dumas (qui m’a apparemment noircie à dessein et a contribué à forger ma légende noire), Zévaco, Merle, pour les romanciers, Michelet, Brantôme (un vieil ami…), L’Estoile, Orieux, Erlanger, Bertière, pour les historiens.Certains m’ont fait rire par leurs élucubrations, d’autres m’ont émue, j’ai versé des larmes de frustration et des larmes de rage face à ce qu’on m’imputait.Mais j’ai réalisé grâce à eux pourquoi on m’avait enfermée ici… Ce que j’ai pu faire ou dire, personne apparemment n’a compris pourquoi je l’avais fait ou dit.Les romanciers, de même que les historiens ne peuvent se mettre d’accord sur la façon d’appréhender mes démarches politiques ou même mes préférences maternelles. Personne n’avait été capable de percer à jour ni mes intentions, ni ma personnalité. Légende noire de mon vivant, je suis devenue un mythe après ma mort. Mais même si l’Histoire vous a donné une image qui ne me semble pas représentative de ce que j’étais, de ce que je suis encore, je ne lui en veux pas… Alexandre Dumas a dit : « On peut violer l’Histoire à condition de lui faire de beaux enfants ». Je n’irai pas jusqu’à dire que l’image que vous avez de moi est le fruit d’un de ces viols, mais plutôt de l’union contre nature de l’intolérance et d’un certain machisme.Et même si on ne peut pas considérer que je sois un « bel enfant » de l’Histoire, j’apprécie en connaisseur le personnage charismatique à la force obscure que l’on a fait de moi.Le mystère continue de m’entourer, je suis devenue une légende… si cela n’avait pas été le cas, vous m’auriez oubliée depuis longtemps. C de Médicis.
Cat.c2m
Remarque de l'auteur
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