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Poème déposé sur le site le : 08/04/2006 00:00

Les Nouveaux Robinsons
Les vents du crépuscule agitent les haillons
(Qui, de ses maigres bras, vont pendre en bataillons
De loques effilées, de tissus rapiécés
Ayant perdu couleur en un lointain passé)
Comme autant de bannière à l’intention d’un Monde
Qui n’a jamais peuplé cette île presque ronde.

Son corps attend, dressé, que rentrent sagement
Les séniles pensées dans son esprit dément,
En regardant sombrer un soleil lourd et pâle
Dans un terne horizon, aux arabesques sales,
Soulevant alentour des vaguelettes grises
Que des courants pressés soumettent à leur guise,
Les envoyant mourir - ainsi que de vieux rêves -
Sur les rocs aiguisés qui composent la grève
De cet îlot muet, abandonné de tous,
Baigné par le couchant d’une lumière rousse.

D’un doigt plus décharné que sa mémoire instable,
Il trace en grimaçant des lettres sur le sable ;
Des phrases insensées, hantées de mots perdus
Composent, en bataille, un texte suspendu
Entre des souvenirs à la saveur passée,
Et les tendres folies que l’âge a fait pousser ;
Mais qu’importe ! bientôt, le hurlement des vagues,
Couvrira d’une eau trouble et de tourbillons vagues,
Les écrits pourrissants, égarés sur la plage :
Hiéroglyphes curieux aux parfums de mirage.

Ses yeux rendus laiteux par le poids des saisons,
Effleurent l’océan enserrant sa prison,
Sous les reflets diaprés de cette fin du jour
Tapissant d’un soupirs - un murmure trop sourd -
La surface argentée de ces flots paresseux
Que crève quelquefois, de son souffle mousseux,
Une écume alanguie sous les faibles étoiles
Et le long défilé des fainéantes voiles,
Gonflées par les zéphyrs aux vergues des nuages ;
Mais le vieillard écrit, aveugle au paysage.

Sur ses membres noueux, vient succomber la nuit
Et dans les cieux s’épanche une marée de suie,
Alors ses mains usées vont aviver les flammes
Pour réchauffer ses os et apaiser son âme,
Mais l’éclat crépitant projette sur la mer
Des ombres déformées en monstres sanguinaires :
Des fragments arrachés à sa rance mémoire,
Qui s’arment de regrets aux accents de hachoir
Pour torturer sans fin l’ermite hurlant sa haine,
Agitant un bâton pour défendre ses peines.

Mais dans l’obscurité apparaît un murmure
Quand soudain s’illumine un autre feu impur,
Et l’eau enténébrée se laisse ainsi noyée
Sous une galaxie de vacillants foyers,
Chacun d’eux éclairant un délirant vieillard,
Combattant, mais en vain, ses démons illusoires.

Et l’on entend rugir, sur l’onde de bitume,
D’autres constellations, quand ces brasiers s’allument,
Exhortés par les vents à s’attiser sans cesse
Occultant les astres sous ces feux de détresse.
Le passager

Remarque de l'auteur

Avt
Le : 07/04/2006
un poeme pour lequel je me suis vraiment appliqué.
dites moi si ca vous parle ou pas du tout, ca m’interesserai vraiment de savoir.

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Ecris le : 07/04/2006