Poeme : Megalopolis
A Propos
La longueur, les surcharges stylistiques, les références, les néologismes et le vocabulaire ancien ou spécialisé peuvent dérouter et ne pas plaire de prime abord. J’ai écrit MEGALOPOLIS comme un poème labyrinthe, une ville dystopique monstrueuse de mots où l’œil et l’esprit se perdent, à l’image de notre monde. Les destinées de ses habitants sont les nôtres.
Megalopolis
Gaïa la puissante, construite par des rois
Dévore l’espace, avalant ciel et terre ;
Sa masse humiliante effraie même l’enfer.
Nulle place forte, aucune autre cité
Ne peut rivaliser, encore moins lutter.
Face à l’immonde ogresse, elles demandent l’aman
Ployant leurs sikharas, elles honorent leur thane.
Les murs plongent des airs, broient l’horizon limé
L’ellipse circonscrit son extérieur fermé.
L’enceinte écrasante absorbe toute lumière
Elle n’offre nulle part de faiblesse guerrière.
Au sein de la muraille émerge une ouverture ;
Col entre deux sommets, la porte la plus dure
Jamais forgée ici enferme ce qui entre
Rien ne peut s’échapper, prisonnier de son ventre.
Les battants noirs monstrueux se joignent sans un bruit.
Gormenghast centuplé, la ville éteint la nuit.
Partout le béton, l’acier qui composent son corps
Explosent, encombrent, occupent, abhorrent
Le vide et remplissent les essarts citadins ;
Le moindre monument y paraît anodin.
Les tours fières s’élèvent aux faîtes des nuages
Illuminées parfois de l’ire des orages.
Les flèches s’élancent, les parois escaladent
Mille immeubles dressés, perchés aux balustrades.
Relié par des arches, ne formant qu’un seul dôme,
Le lacis des terrasses innerve les atriums.
Des étages partent des ponts qui s’entrecroisent,
Les ogives des nefs soutiennent les ardoises
De cent basiliques aux vitraux mordorés,
Myriades de transepts battus par le borée.
Aux pieds des colosses s’enfoncent dans leur chair
Des escaliers sans fin, ligaments millénaires.
Au fil des ans la ville a conquis les abysses
Poussant ses racines qui sans arrêt s’immiscent.
Creusant, taillant le roc, les couloirs s’enchevêtrent
Labyrinthes enterrés où l’obscur est le maître.
Entre les cavernes les traboules s’enchaînent
Au creux des ténèbres parcourues par la peine.
Car ce pays des tréfonds appartient aux Proscrits
Oubliés de la surface, entachés de mépris,
Ces pauvres ilotes damnés hantent les latomies,
Ergastule maudit perdu dans l’anomie.
Leurs pauvres mains algides appellent les sportules,
Les estomacs vides des pauvres homoncules
Clament les stigmates d’une faim piaculaire
Hurlant leurs souffrances d’un cri vernaculaire.
Certains sont nés ainsi, semences rudérales
Sans espoir de sentir la douceur vespérale
D’un sommeil reposant, Sisyphes désignés,
Voués au fatum létal, Prométhées résignés.
D’autres ont été jetés par la mer de lavure
Échoués, encalminés sur cet îlot de Suburre.
Griffant les bords du puits, ils voudraient remonter
Mais seule une poignée en a la volonté.
Loin, très loin au-dessus, sous la lune gibbeuse
Les Soumis se pressent sur l’agora houleuse,
Marée de Panurge, plèbe œuvrant sans passion
Agrandissant toujours l’infâme construction.
Ils vaquent à leurs tâches, rétribués d’une obole
Juste suffisante pour quelques joies frivoles.
Satisfaits de leur sort, sous la pluie lénifiante,
Ils se laissent porter vers la mort vivifiante.
Parfois ils s’enflamment, aspirent à l’ambroisie
Brisant les mégalithes, cherchant la parousie.
Ils se lancent à l’assaut des loggias palatiales
Ils pensent mettre à bas le logos des galgals.
Les herses s’ouvrent alors, les lansquenets jaillissent
Stipendiés pour jeter du haut du précipice
Les révoltés vaincus au pied des cariatides,
D’où coule une eau garance à l’effluve fétide.
Cachés dans la foule, ignorés du pouvoir,
Les Scaldes parcourent les sentes de l’espoir
Lapsi ou renégats, cherchant l’inférence
Du satori pour sauver leur conscience.
Contre les mercanti, les éparques nobiliaires,
Ils luttent en silence, édifiant des laraires
Pour offrir au démiurge des vers de liberté
Volant vers l’empyrée, témoins de leur fierté.
Leurs chants gagnent les voûtes, prières immarcescibles
Leur sang marque les routes, rivières incoercibles.
Devenus pérégrins, parias dans leurs maisons,
Évitant les syrtes, ils fuient la fanaison.
Au creux de leurs songes, l’alcyon s’est endormi
Couvant l’œuf à venir des lendemains promis,
Où les chaînes brisées fleuriront d’endymions
Tandis que les hommes iront sans répression.
Dominant les à-pics, occupant chaque cime,
Voici les Avides, imposant leur régime.
Maîtres du royaume, hautaine oligarchie,
Poursuivant le profit et chassant l’anarchie.
Leurs palais polystyles étouffent le discret,
Litée outrancière où l’or n’est pas secret.
Le somptueux s’habille pompeux de vénusté
Dont le blanc marmoréen oublie la vétusté.
Cette ploutocratie se compose d’ascètes
Grappillant chaque sou, amassant les piécettes
Ou de sybarites, goûtant tous les plaisirs
Ils s’enivrent, abusent de leurs moindres désirs
Saignant les modestes, s’abreuvant du labeur
Des bras meurtris d’en bas qui œuvrent en douleur
Sans égards pour tous ceux qui ont nourri l’essence
De cette profusion mêlée à l’indécence.
Nulle aube sur ce monde, aucun répit offert.
Déployant leurs ailes, les Stryges ouvrent leurs serres.
Leur ronde commence, sans un bruit elles s’abattent
Inscrivant le destin sur les chairs écarlates.
Proscrits et Avides, Scaldes et Soumis mêlés,
Les mortels sont les proies de ces démons ailés.
Gaïa mégalopole, entité inhumaine
Continue sa croissance, à jamais notre reine.
PostScriptum
LEXIQUE DE MEGALOPOLIS
Gaïa — dans la mythologie grecque, déesse primordiale personnifiant la Terre. Ici, nom donné à la ville-monde.
Aman — terme militaire désignant la capitulation, la demande de grâce.
Sikharas — tours pyramidales caractéristiques de l’architecture des temples hindous.
Thane — seigneur féodal dans l’Angleterre médiévale.
Ellipse — figure géométrique en forme d’ovale. Ici, décrit la forme de l’enceinte de la ville.
Gormenghast — château labyrinthique et oppressant du roman éponyme de Mervyn Peake, symbole d’un monde figé et claustrophobique.
Essarts — terres défrichées, espaces dégagés en milieu urbain.
Borée — dans la mythologie grecque, dieu du vent du nord.
Traboules — passages couverts traversant des immeubles, caractéristiques de l’architecture lyonnaise.
Proscrits — exclus, bannis de la société, vivant dans les bas-fonds de la ville.
Ilotes — esclaves de Sparte dans l’Antiquité grecque. Ici, les plus opprimés des Proscrits.
Latomies — carrières souterraines utilisées comme prisons dans la Sicile antique.
Ergastule — prison souterraine de l’Antiquité romaine où étaient enfermés les esclaves.
Anomie — état de désorganisation sociale, absence de normes et de repères collectifs.
Algides — glacées, très froides.
Sportules — dans la Rome antique, distributions gratuites de nourriture aux pauvres. Ici, aumônes.
Homoncules — petits hommes chétifs et insignifiants.
Piaculaire — qui appelle une expiation, une punition. Ici, une faim qui semble être une punition divine.
Vernaculaire — propre à un pays, une région, un groupe. Ici, un cri issu des profondeurs populaires.
Rudérales — se dit des plantes qui poussent sur les terrains abandonnés, les décombres. Ici, des êtres nés dans les ruines.
Vespérale — qui appartient au soir.
Fatum — mot latin désignant le destin inéluctable.
Lavure — eau sale de rinçage, résidu sans valeur. Ici, métaphore d’une société qui rejette ses membres les plus fragiles.
Suburre — quartier mal famé de la Rome antique, symbole de misère et de vice.
Lune gibbeuse — phase lunaire où la lune est plus qu’à moitié éclairée mais pas encore pleine.
Soumis — deuxième caste de la ville, la masse silencieuse qui travaille sans questionner.
Marée de Panurge — allusion aux moutons de Panurge dans Rabelais, symbole du comportement grégaire et moutonnier.
Lénifiante — qui apaise, qui endort. Ici, une pluie qui anesthésie les consciences.
Ambroisie — nourriture des dieux dans la mythologie grecque. Ici, métaphore d’une vie meilleure.
Parousie — dans la théologie chrétienne, retour du Christ à la fin des temps. Ici, une révolution espérée.
Loggias palatiales — galeries couvertes des palais des puissants.
Logos — terme grec désignant la raison, le principe organisateur du monde.
Galgals — tertres funéraires préhistoriques. Ici, monuments du pouvoir établi.
Lansquenets — mercenaires de l’Europe médiévale et de la Renaissance. Ici, forces de répression au service des puissants.
Stipendiés — soldats payés, mercenaires.
Cariatides — colonnes sculptées en forme de femmes dans l’architecture grecque.
Garance — plante dont on tire une teinture rouge vif. Ici, couleur du sang.
Scaldes — poètes et bardes de la Scandinavie médiévale. Ici, les résistants qui luttent par les mots.
Lapsi — dans le christianisme primitif, chrétiens qui avaient renié leur foi sous la persécution. Ici, des renégats qui cherchent leur voie.
Inférence — déduction logique, capacité à tirer des conclusions.
Satori — dans le bouddhisme zen, éveil spirituel soudain.
Mercanti — commerçants sans scrupules, profiteurs.
Éparques — gouverneurs de province dans l’Empire byzantin. Ici, les administrateurs corrompus du pouvoir.
Laraires — dans la Rome antique, petits autels domestiques dédiés aux dieux protecteurs. Ici, espaces de résistance spirituelle.
Démiurge — dans la philosophie grecque, créateur du monde. Ici, force supérieure à laquelle s’adressent les Scaldes.
Empyrée — dans la cosmologie ancienne, la plus haute sphère céleste, demeure des dieux.
Immarcescibles — qui ne se flétrissent pas, impérissables.
Incoercibles — qu’on ne peut pas contenir ni réprimer.
Pérégrins — voyageurs, étrangers, errants.
Syrtes — bancs de sable dangereux en mer. Ici, les pièges et les obstacles à éviter.
Fanaison — flétrissement des plantes, déclin. Ici, métaphore de la mort spirituelle.
Alcyon — oiseau de la mythologie grecque qui nichait sur la mer apaisée. Symbole de paix et d’espoir.
Endymions — fleurs de la famille des liliacées. Ici, symboles d’un avenir fleuri et libéré.
Avides — troisième caste, l’oligarchie dominante qui contrôle la ville depuis les sommets.
Polystyles — qui possèdent de nombreuses colonnes. Ici, des palais à l’architecture ostentatoire.
Litée — lit somptueux, couche princière.
Vénusté — beauté gracieuse et élégante.
Marmoréen — qui ressemble au marbre, blanc et froid.
Ploutocratie — système politique où le pouvoir appartient aux plus riches.
Sybarites — habitants de Sybaris, ville grecque réputée pour son luxe excessif. Ici, personnes adonnées aux plaisirs sans modération.
Stryges — dans la mythologie grecque et romaine, créatures nocturnes mi-femmes mi-oiseaux, suceuses de sang. Ici, forces de mort qui frappent indistinctement tous les habitants de la ville.
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Poème en Phonétique
ɡaja la pɥisɑ̃tə, kɔ̃stʁɥitə paʁ dε ʁwa
devɔʁə lεspasə, avalɑ̃ sjεl e teʁə,
sa masə ymiljɑ̃tə efʁε mεmə lɑ̃fe.
nylə plasə fɔʁtə, okynə otʁə site
nə pø ʁivalize, ɑ̃kɔʁə mwɛ̃ lyte.
fasə a limɔ̃də ɔɡʁεsə, εllə dəmɑ̃de lamɑ̃
plwajɑ̃ lœʁ sikaʁa, εlləz- onoʁe lœʁ tanə.
lε myʁ plɔ̃ʒe dεz- εʁ, bʁwae lɔʁizɔ̃ lime
lεllipsə siʁkɔ̃skʁi sɔ̃n- εksteʁjœʁ fεʁme.
lɑ̃sɛ̃tə ekʁazɑ̃tə absɔʁbə tutə lymjεʁə
εllə nɔfʁə nylə paʁ də fεblεsə ɡeʁjεʁə.
o sɛ̃ də la myʁajə emεʁʒə ynə uvεʁtyʁə,
kɔl ɑ̃tʁə dø sɔmε, la pɔʁtə la plys dyʁə
ʒamε fɔʁʒe isi ɑ̃fεʁmə sə ki ɑ̃tʁə
ʁjɛ̃ nə pø seʃape, pʁizɔnje də sɔ̃ vɑ̃tʁə.
lε batɑ̃ nwaʁ mɔ̃stʁyø sə ʒwaɲe sɑ̃z- œ̃ bʁɥi.
ɡɔʁmɑ̃ɡast sɑ̃typle, la vilə etɛ̃ la nɥi.
paʁtu lə betɔ̃, lasje ki kɔ̃poze sɔ̃ kɔʁ
εksploze, ɑ̃kɔ̃bʁe, ɔkype, abɔʁe
lə vidə e ʁɑ̃plise lεz- esaʁ sitadɛ̃,
lə mwɛ̃dʁə mɔnyme i paʁε anɔdɛ̃.
lε tuʁ fjεʁə selεve o fεtə dε nɥaʒə
ilymine paʁfwa də liʁə dεz- ɔʁaʒə.
lε flεʃə selɑ̃se, lε paʁwaz- εskalade
milə iməblə dʁese, pεʁʃez- o balystʁadə.
ʁəlje paʁ dεz- aʁʃə, nə fɔʁmɑ̃ kœ̃ səl domə,
lə lasi dε teʁasəz- inεʁvə lεz- atʁjɔm.
dεz- etaʒə paʁte dε pɔ̃ ki sɑ̃tʁəkʁwaze,
lεz- ɔʒivə dε nεf sutjεne lεz- aʁdwazə
də sɑ̃ bazilikz- o vitʁo mɔʁdɔʁe,
miʁjadə də tʁɑ̃zεpt batys paʁ lə bɔʁe.
o pje dε kɔlɔsə sɑ̃fɔ̃se dɑ̃ lœʁ ʃεʁ
dεz- εskalje sɑ̃ fɛ̃, liɡamɑ̃ milenεʁə.
o fil dεz- ɑ̃ la vilə a kɔ̃ki lεz- abisə
pusɑ̃ sε ʁasinə ki sɑ̃z- aʁε simise.
kʁøzɑ̃, tajɑ̃ lə ʁɔk, lε kulwaʁ sɑ̃ʃəvεtʁe
labiʁɛ̃təz- ɑ̃teʁez- u lɔpskyʁ ε lə mεtʁə.
ɑ̃tʁə lε kavεʁnə- lε tʁabulə sɑ̃ʃεne
o kʁø dε tenεbʁə- paʁkuʁy paʁ la pεnə.
kaʁ sə pεi dε tʁefɔ̃z- apaʁtjɛ̃ o pʁɔskʁi
ublje də la syʁfasə, ɑ̃taʃe də mepʁi,
sε povʁəz- ilɔtə damne-ɑ̃te lε latɔmi,
εʁɡastylə modi pεʁdy dɑ̃ lanɔmi.
lœʁ povʁə- mɛ̃z- alʒidəz- apεlle lε spɔʁtylə,
lεz- εstɔmak vidə dε povʁə- omɔ̃kylə
klame lε stiɡmatə dynə fɛ̃ pjakylεʁə
yʁlɑ̃ lœʁ sufʁɑ̃sə dœ̃ kʁi vεʁnakylεʁə.
sεʁtɛ̃ sɔ̃ nes ɛ̃si, səmɑ̃sə ʁydeʁalə
sɑ̃z- εspwaʁ də sɑ̃tiʁ la dusœʁ vεspeʁalə
dœ̃ sɔmεj ʁəpozɑ̃, sizifə deziɲe,
vuez- o fatɔm letal, pʁɔmete ʁeziɲe.
dotʁəz- ɔ̃ ete ʒəte paʁ la mεʁ də lavyʁə
eʃue, ɑ̃kalmine syʁ sεt ilo də sybyʁə.
ɡʁifɑ̃ lε bɔʁd dy pɥi, il vudʁε ʁəmɔ̃te
mε sələ ynə pwaɲe ɑ̃n- a la vɔlɔ̃te.
lwɛ̃, tʁε lwɛ̃ o dəsy, su la lynə ʒibøzə
lε sumi sə pʁəse syʁ laɡɔʁa uløzə,
maʁe də panyʁʒə, plεbə œvʁɑ̃ sɑ̃ pasjɔ̃
aɡʁɑ̃disɑ̃ tuʒuʁ lɛ̃famə kɔ̃stʁyksjɔ̃.
il vake a lœʁ taʃə, ʁetʁibye dynə ɔbɔlə
ʒystə syfizɑ̃tə puʁ kεlk ʒwa fʁivɔlə.
satisfε də lœʁ sɔʁ, su la plɥi lenifjɑ̃tə,
il sə lεse pɔʁte vεʁ la mɔʁ vivifjɑ̃tə.
paʁfwaz- il sɑ̃flamɑ̃, aspiʁe a lɑ̃bʁwazi
bʁizɑ̃ lε meɡalitə, ʃεʁʃɑ̃ la paʁuzi.
il sə lɑ̃se a laso dε lɔɡja palasjalə
il pɑ̃se mεtʁə a ba lə lɔɡo dε ɡalɡal.
lεz- εʁsə- suvʁe alɔʁ, lε lɑ̃skənε ʒajise
stipɑ̃dje puʁ ʒəte dy-o dy pʁesipisə
lε ʁevɔlte vɛ̃kysz- o pje dε kaʁjatidə,
du kulə ynə o ɡaʁɑ̃sə a leflyvə fetidə.
kaʃe dɑ̃ la fulə, iɲɔʁe dy puvwaʁ,
lε skaldə paʁkuʁe lε sɑ̃tə də lεspwaʁ
lapsi u ʁəneɡa, ʃεʁʃɑ̃ lɛ̃feʁɑ̃sə
dy satɔʁi puʁ sove lœʁ kɔ̃sjɑ̃sə.
kɔ̃tʁə lε mεʁkɑ̃ti, lεz- epaʁk nɔbiljεʁə,
il lyte ɑ̃ silɑ̃sə, edifjɑ̃ dε laʁεʁə
puʁ ɔfʁiʁ o demjyʁʒə dε vεʁ də libεʁte
vɔlɑ̃ vεʁ lɑ̃piʁe, temwɛ̃ də lœʁ fjεʁte.
lœʁ ʃɑ̃ ɡaɲe lε vutə, pʁjεʁəz- imaʁsεsiblə
lœʁ sɑ̃ maʁkə lε ʁutə, ʁivjεʁəz- ɛ̃koεʁsiblə.
dəvənys peʁeɡʁɛ̃, paʁja dɑ̃ lœʁ mεzɔ̃,
evitɑ̃ lε siʁtə, il fɥje la fanεzɔ̃.
o kʁø də lœʁ sɔ̃ʒə, lalsiɔ̃ sεt- ɑ̃dɔʁmi
kuvɑ̃ lœf a vəniʁ dε lɑ̃dəmɛ̃ pʁɔmi,
u lε ʃεnə bʁize fləʁiʁɔ̃ dɑ̃dimjɔ̃
tɑ̃di kə lεz- ɔməz- iʁɔ̃ sɑ̃ ʁepʁesjɔ̃.
dɔminɑ̃ lεz- a pik, ɔkypɑ̃ ʃakə simə,
vwasi lεz- avidə, ɛ̃pozɑ̃ lœʁ ʁeʒimə.
mεtʁə- dy ʁwajomə, otεnə ɔliɡaʁʃi,
puʁsɥivɑ̃ lə pʁɔfi e ʃasɑ̃ lanaʁʃi.
lœʁ palε pɔlistiləz- etufe lə diskʁε,
lite utʁɑ̃sjεʁə u lɔʁ nε pa sεkʁε.
lə sɔ̃ptɥø sabijə pɔ̃pø də venyste
dɔ̃ lə blɑ̃ maʁmɔʁeɛ̃ ubli la vetyste.
sεtə plutɔkʁasi sə kɔ̃pozə dasεtə
ɡʁapijɑ̃ ʃakə su, amasɑ̃ lε pjesεtə
u də sibaʁitə, ɡutɑ̃ tus lε plεziʁ
il sɑ̃nivʁe, abyze də lœʁ mwɛ̃dʁə- deziʁ
sεɲɑ̃ lε mɔdεstə, sabʁəvɑ̃ dy labœʁ
dε bʁa məʁtʁi dɑ̃ ba ki œvʁe ɑ̃ dulœʁ
sɑ̃z- eɡaʁd puʁ tus sø ki ɔ̃ nuʁʁi lesɑ̃sə
də sεtə pʁɔfyzjɔ̃ mεle a lɛ̃desɑ̃sə.
nylə obə syʁ sə mɔ̃də, okœ̃ ʁepi ɔfεʁ.
deplwajɑ̃ lœʁz- εlə, lε stʁiʒəz- uvʁe lœʁ seʁə.
lœʁ ʁɔ̃də kɔmɑ̃sə, sɑ̃z- œ̃ bʁɥi εllə sabate
ɛ̃skʁivɑ̃ lə dεstɛ̃ syʁ lε ʃεʁz- ekaʁlatə.
pʁɔskʁiz- e avidə, skaldəz- e sumi mεle,
lε mɔʁtεl sɔ̃ lε pʁwa də sε demɔ̃z- εle.
ɡaja meɡalɔpɔlə, ɑ̃tite inymεnə
kɔ̃tinɥ sa kʁwasɑ̃sə, a ʒamε nɔtʁə ʁεnə.