Poeme-France : Les Poètes

Poésie : A M. David, statuaire

Écrit par Aloysius Bertrand

Non, Dieu, éclair qui flamboie dans le triangle symbolique,
n'est point le chiffre tracé sur les lèvres de la sagesse
humaine !

Non, l'amour, sentiment naïf et chaste qui se voile de
pudeur et de fierté au sanctuaire du coeur, n'est point
cette tendresse cavalière qui répand les larmes de la
coquetterie par les yeux du masque de l'innocence !

Non, la gloire, noblesse dont les armoiries ne se vendirent
jamais, n'est pas la savonnette à vilain qui s'achète, au
prix du tarif, dans la boutique d'un journaliste !

Et j'ai prié, et j'ai aimé, et j'ai chanté, poète pauvre
et souffrant ! Et c'est en vain que mon coeur déborde de
foi, d'amour et de génie !

C'est que je naquis aiglon avorté ! L'oeuf de mes des-
tinées, que n'ont point couvé les chaudes ailes de la
prospérité, est aussi creux, aussi vide que la noix dorée
de l'Égyptien.

Ah ! l'homme, dis-le-moi, si tu le sais, l'homme, frêle
jouet, gambadant suspendu aux fils des passions ; ne
serait-il qu'un pantin qu'use la vie et que brise la mort ?

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