Poeme-France : Les Poètes

Poésie : Source de mes pleurs, arrêtez

Écrit par Christofle De Beaujeu

Source de mes pleurs, arrêtez
En ce lieu votre vite course,
Pour ouïr chanter les beautés
D'une qui est devenue Ourse,
Que les Dieux punissant ainsi
Ont mise en ce rocher ici.

Je veux aussi mon mal chanter,
Où toujours plus constant je dure,
Voulant désormais habiter
Auprès de cette roche dure,
Où ma maîtresse d'autrefois,
Pourra toujours ouïr ma voix.

Je lui disais bien que les Dieux
Puniraient sa cruauté fière ;
Ainsi la vengeance des Cieux
L'a mise ici pour forestière,
Où je veux ermite mourir,
Afin de la pouvoir servir.

Ces belles mains que j'aimais tant
Sont ores deux pattes velues,
Qui vont maint rocher éclatant,
Et maint arbre voisin des nues.
Au lieu de deux monts albatrins
Elle a vingt ou trente tétins.

Ses yeux sur tous autres beaux
Ne sont plus de l'Amour les armes,
Ce ne sont plus ces deux flambeaux
Qui m'ont tant fait verser de larmes.
Hélas ! beaux yeux, pour vos méfaits,
Vous serez ainsi à jamais !

Ce teint poli dont j'avais peur,
Que j'aimais, qui était ma crainte,
N'a plus rien de cette blancheur
Dont j'ai encore l'âme atteinte :
Ce n'est plus qu'un gros poil tanné.
Hélas ! que j'en suis étonné !

Cette bouche, embellie autour
De deux rangs de perles naïves,
N'est plus la bouche où cet Amour
Trouvait ces atteintes si vives,
Ces roses vermeilles ne sont
Comme autrefois dessus son front.

Cette belle taille qui fut,
Et ces démarches si glorieuses,
Ne sont plus des âmes le but,
Pour se rendre tant amoureuses.
Il n'y a plus de majesté,
D'ardeur ni de propriété.

Sa voix, qui jadis captivait
Jusques aux charmeuses sirènes,
N'a plus ces attraits qu'elle avait,
Pour mettre ses amants en peine.
Ce n'est plus qu'un mugissement,
Qui me fait peur extrêmement.

Ce beau pied qui savait danser
Toutes danses de façon gaie,
Ne fait ores que traverser
Un rocher, une eau, une haie,
N'y ayant, au lieu de patins,
Que des pointures d'aubépins.

Ces cheveux, jadis d'or frisés,
Pires que brûlés se hérissent,
Et tous ces brandons attisés
De ces regards aussi périssent,
Ayant perdu sa gaîté,
Tristes de son adversité.

Quand je pleurais à deux genoux
Devant son lit, qui eût pu dire,
Ce qui se voit à l'oeil de tous,
Et ce que si fort je soupire,
Qui eût pensé que mes amours
Eût été la femme d'un Ours ?

Mis en favori par

Aucun membre a mis cet écrivan en favori.