Poeme-France : Les Poètes

Poésie : Sur les présents

Écrit par Charles Fontaine

On a beau dire et beau dissimuler,
Femme qui prend ne peut plus reculer.
Car Penses-tu que les jeunes et vieux
Te font ainsi présent pour tes beaux yeux ?

Certes ainsi que le juge qui prend,
Contre le droit, il offense et méprend,
Et sa constance et sentence il renverse.
Justice vend et justice n'exerce :
Ni plus ni moins, c'est lin point arresté ;
Fille qui prend, vous vend sa chasteté.
Pareillement, tout ainsi que les mains,
Par qui souvent passent des deniers maints,
Se vont souillant et amassent ordure,
Ni plus ni moins la pensée plus pure
Se souille enfin, et par présents reçus
Maints nobles coeurs sont souillés et deçus :
Et qui reçoit les présents qu'on lui donne,
Avec le temps recevra la personne.
Philippes dit, tout lieu, tout domicile,
Tout fort chasteau est à prendre facile,
Où peut entrer un asne chargé d'or ;
L'ennemi entre où entre son trésor,
Ni plus ni moins que sous belle herbe verte
Gist en secret la couleuvre couverte,
Et sous le miel poison et malefice :
Sous les beaux dons en ce point gist le vice.
Et tout ainsi que l'on prend les oiseaux
Avec l'appast, les gluons et pipeaux,
Par l'or on prend les filles tant et plus ;
L'or est l'appast, le pipeau est la glus.

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