Poeme-France : Les Poètes

Poésie : Autre adieu

Écrit par Lazare De Baïf

Ô quel ennui à ceux de départir
Où ferme amour ne peut être offensée ;
Laquelle vient toutefois nous partir
Joie et douleur en secrète pensée.
Il est bien vrai que n'est pas compensée
La joie au mal qu'un chacun de nous porte.
Mais sûre foi de tant nous réconforte
Qu'il n'y a temps, longue absence ou demeure
Qui puisse clore à nos désirs la porte,
Car, sans nous voir, nous voyons à toute heure.

Voyant souffrir celle qui me tourmente,
J'oublie mon mal pour consoler le sien.
Car son ennui trop plus me mécontente
Que celui-là que pour elle soutien ;
Et toutefois elle savait combien
J'ai de travaux pour elle supportés ;
De nos deux maux pourrait former un bien
Dont elle et moi serions réconfortés.

La venimeuse et trop poignante épine
En quelque temps voit-on belle et fleurie,
Le fort venin confit en médecine
Réduit souvent l'homme de mort à vie :
Le feu par qui toute chose est ravie
Restreint tel fois plaie bien violente.
Si donc tel vivre en confort se varie
Salut j'espère au mal qui me tourmente.

Puisque je n'ai de me plaindre raison,
Raison voudrait que ma douleur je tusse ;
Et que si j'ai des ennuis à foison,
Secrètement supporter je les dusse.
Car je ne vois qu'amour blâmer je pusse,
Ni ses effets qu'on dit pleins de rudesse ;
Vu que des biens dont il me fit promesse
J'en ai reçu plus honnête partage
Que je ne vaux, il faut que le confesse.
Mais c'est la mort qu'un autre a davantage.

Main, plume et bouche entendaient s'excuser
D'eux employer en ce que sais nous plaire ;
Disant qu'avez vers eux voulu user
De toute aigreur, et toujours leur déplaire,
Ma main premier montre bien et déclaire
Le mal qu'elle a de vos ongles reçu.
Ma bouche et plume ont assez aperçu
Que peu ou rien faut que de vous s'attende.
Mais pour cela faire n'ont pu ni su
Qu'ils n'obéissent où le coeur leur commande.

Si vous avez tel désir de me voir
Que le chantez, pour me rendre content
Et vous aussi ; sauriez très bien prouvoir
A ce peu là que je désire tant.
Mais je vois bien que celui qui attend
Jusqu'à minuit, et qui chauffe la cire,
Aura ce bien ; que, s'il est mal content,
Pour le guérir vous n'en ferez que rire.

Qui veut d'amour savoir tous les ébats
S'adresse à moi ; car je suis bien appris.
Premier, ce sont accords pleins de débats,
Chasse pénible où le veneur est pris,
C'est le métier dont le maître est repris,
Aigre plaisir mêlé de douce rage,
L'honneur aussi qui se tourne à dépris
Où plus est sot celui qui est plus sage.

Vénus partout cherche son fils perdu ;
Mais lui caché dedans mon coeur se cèle.
Affollé suis, car, tout bien entendu,
Apre est le fils et la mère cruelle
En le celant, de sa vive étincelle,
Tous mes os brûle et le mien coeur enflamme ;
Le décelant, pour se venger du blâme,
Pis me fera ; or doux fugitif dieu,
Sois cy caché ; mais tempère ta flamme,
Et tu n'auras jamais un plus sûr lieu.

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