Poeme-France : Les Poètes

Poésie : Aux bombancières

Écrit par Marie De Brabant

Dames qui tant braves, écoutez la tempête,
Dont le ciel éclatant menace votre tête,
Et s'il y a encor lieu de conversion,
Quittez vos vanités et ces bombances folles,
C'est à vous qu'Isaïe adresse ses paroles,
Si vous êtes au moins des filles de Sion.

Bourgeoises de Sion au superbe parage,
Qui marchez le col droit, avec un oeil volage
Et les pieds frétillants, maniés par compas,
Comme le baladin, quand la harpe fredonne
Ou le jeune poulain, que l'écuyer façonne,
Les cordes aux jarrets, aux ambles et au pas.

Voici que le Seigneur prononce de sa bouche :
La taigne rongera, dit-il, jusqu'à la souche
Les rameaux égarés de vos perruques d'or.
Et de votre poitrine allongeant l'ouverture,
Je mettrai tout à nu jusques a la ceinture
Votre honte au soleil, s'il vous en reste encor.

Le temps s'en va venir, changement bien étrange,
Qu'on vous verra trotter, deschaux(*) parmi la fange,
Pour ses grands échafauds de patins haut montés.
Et lors, sous vos lassis à mille fenêtrages,
Raiseaux et points coupés et tous ces clairs ouvrages,
Ne se bouffiront plus sur vos seins éhontés.

Je vous arracherai de la tête pelée
Les lunettes d'émail et l'ovale emperlée
Qui vous font rayonner le front de toutes parts.
Je romprai vos étuis, vos boîtes, vos fioles
Et la cendre et les pleurs dont fondrez toutes molles
Seront vos eaux de nef, vos poudres et vos fards.

L'or qui vous flotte aux bras en cent tours de chaînettes
Et qui vole sur vous en tant de pampillettes,
Chassé par la cadence en Babel s'enfuira :
Vos atours les suivant et vos pendants d'oreilles
Et ce qui à Thamar vous fait sembler pareilles,
Votre laideur pour masque assez vous servira.

Bourrelets attifés et toutes ces machines
À teindre votre poil et les mettre en crispines,
Seront pour le vieux fer et pour le vieux drapeau
Et pour l'assortiment de tant d'habits, si braves
À grand peine aurez-vous, misérables esclaves,
Une drille(**) aux bons jours qui vous cache la peau.

Ces cotillons garnis d'un pied de broderie,
Ces brasses, ces trisses flambants de pierreries
Seront pour le butin des soldats triomphants.
Et ces miroirs polis dont la trompeuse glace
Brûlant si sottement vos coeurs et votre face,
Serviront de jouets à leurs petits enfants.

Ces corsets diaprés et ces fatras de chambre,
Toilettes et poignets sentant le musc et l'ambre,
Couvre-chefs de fin lin dentelés à l'entour
Et ces coiffes de nuit faites en diadèmes,
Orgueil démesuré, s'en iront tout de même,
Auriez-vous plus de nuit de faveur que de jour ?

Puis en lieu de parfum, vous aurez pour escorte
L'horrible puanteur d'une charogne morte
Et pour ces faux corsets qui vous serrent les reins
Le ventre débraillé comme pauvres bergères,
Vous suivrez le bagage à grands coups d'étrivières,
L'injure et le mépris des goujats inhumains.

Les tresses par surtout, source de ces détresses,
Qui m'ont tant irrité trouveront des maîtresses
Qui rafflant jusqu au test m'en sauront bien venger.
Ces robes à pleins fonds, à gros bouffons et manches,
Ne feraient qu'entraver et vos bras et vos hanches ;
Un sac pour mieux courir n'est-il pas plus léger ?

Le glaive emportera la fleur de la jeunesse
Et, pour tant de muguets qui vous faisaient caresse,
Brigands cruels auront à leur tour d'être à vous.
Si qu'au temps qui courra, ce sera bien de grâce,
Si à sept d'entre vous pour en avoir la race,
Le barbare vous lache un captif pour époux.

(*) découverts
(**) chiffon

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