Poeme-France : Les Poètes

Poésie : Elle (2)

Écrit par Xavier Forneret

Mon Dieu ! si elle allait mourir !
Si la pelle allait la couvrir,
Avec son bec de bois qui ramasse la terre,
Si sa soeur ou son frère,
Pour la pleurer allaient venir !

Si la cloche toujours au guet
Allait donner sa voix qui fait :
Mort-mort, mort-mort, en hochant de la tête ;
Et que le fossoyeur fit fête,
Assis au bord de son creux fait !

Si la grande et jaune bougie
Allait flamber sur cette vie
Eteinte à tout jamais !

Si le drap noir sous sa croix blanche,
Etendant ses bras sur la planche,
Allait lui ôter l'air, si encore elle était !

Et si le prêtre aux chants de marbre
Allait se mettre à cheminer
Pour la conduire sous un arbre
Et puis comme tous la laisser !

Si des autres les os allaient tomber sur elle,
Dans sa maison construite sans truelle ;
Si pour la voir encor j'allais être obligé
De chercher dans ces os, son corps inanimé
Qui ne répondrait plus

A mes cris, à mes larmes ;
Qu'on toucherait dessous, dessus
Sans qu'il bougeât, - et que toutes les armes
Qui viendraient le fouiller n'y trouveraient que chair
Molle, et rendant un vent qui empoisonne l'air.

Si je ne reconnaissais pas sa bouche !
Si sa figure était farouche !
Si déjà ses traits étaient ravagés !
Si ses beaux yeux étaient rongés !
Si ses dents étaient serrées !
Sous ses lèvres crispées ;
Ses lèvres grimaçant, ses dents grinçant l'horreur !
Si sa poitrine était ouverte,
Et sa langue découverte,
Par son cou déchiré, pendant,
Et sa gorge saignant !
Je crois que j'aurais peur.

Peur ! eh ! de quoi peur ? d'une morte,
Qui dans sa fosse apporte
Un coeur à vous lorsqu'il battait,
Que vous seul il idolâtrait ?
Ce que vous avez eu pendant toute sa vie,
Ce qui l'a sans cesse nourrie,
Qui de son âme a fait un amour dans son corps,
Qu'elle a toujours gardé, sans craindre le remords ?

Peur d'une femme à qui vous diriez : Que tu meures ?
Je le veux, je le veux! Ne ris pas... tu l'effleures
Ce sein sur qui tu mets la pointe d'un poignard ;
Craindrais-tu la souffrance ?

" Allons, enfonce donc ! enfonce ! " - Et qu'un regard
Vous dit en se fermant : " Voilà mon existence. "
Des restes d'un tel corps pourrait-on avoir peur ?
Je m'y cramponnerais, ainsi qu'un ver rongeur.

De deux je ferais un ; j'aime tant, qu'il me semble
Que je lierais, chairs, os, entortillés ensemble ;
De sorte qu'on dirait en y fixant ses yeux
Jamais cet 1 de chair, n'a pu former un 2.

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