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Poeme : La Lumière Qui Ne Brûle Pas



A Propos

Chant du jeune chevalier sans nom

La Lumière Qui Ne Brûle Pas

I. LE DÉPART
Il partit un matin que nul ne vit paraître,
Sans bannière, sans cri, sans adieu ni témoin ;
La gloire, croyait-il, est un mont à connaître,
Et le monde, un portail qu’on ébranle du poing.

Il laissa la vallée aux granges bien fermées,
Les gués, les champs de blé, l’auberge, le vieux pont ;
Et la fumée montait, droite, des cheminées,
Et personne, là-bas, ne demanda son nom.

La forêt commença comme une nuit qui tarde ;
Les troncs se rapprochaient ainsi qu’un peuple dort ;
Et la brume, en s’ouvrant, semblait monter la garde ;
Il allait vers le nord, sans savoir vers quel port.

L’écu battait encor au flanc de la monture,
Et ce bruit lui parlait de royaume et d’honneur ;
Il rêvait de tournois, de dames, de murmure,
Et la peur, ce matin, n’était pas dans son cœur.

II. LES SIGNES
Il trouva vers le soir une eau plate et muette,
Sans un souffle, un roseau, sans un vol, sans un cri ;
Elle tenait le ciel, mais sans rien qui reflète ;
Il chercha dans cette eau son visage : il pâlit.

Une cloche sonna dans le val, pour personne ;
Trois coups, puis rien, et l’air en resta plus léger ;
Il chercha le clocher parmi les troncs d’automne :
Aucun toit, nulle croix, et rien pour l’héberger.

Et la nuit, quelquefois, au fond d’une clairière,
Il voyait se lever une pâle lueur ;
Non pas comme un vrai feu, mais comme une prière,
Elle ne fuyait pas ; elle attendait ailleurs.

III. L’OFFRE
Un matin, la forêt s’ouvrit comme une porte,
Sur des tentes, des feux, des bannières, des chants ;
Des chevaux, des drapeaux, une joyeuse escorte,
Et l’on savait son nom, qu’il taisait si longtemps.

On coupa le pain blanc ; on versa dans l’ivoire ;
On offrit des châteaux, une épée, un anneau ;
Et le droit de passer le premier dans l’histoire,
Son nom dans la pierre, plus dur que le tombeau.

Une voix lui disait : « Tout cela, viens le prendre ;
Il suffit d’un seul mot, d’un seul geste, d’un doigt ;
Le chemin fut bien long ; il est temps de descendre ;
Et la Coupe viendra, comme le reste, à toi. »

Il sentit dans sa main la douceur de la chaîne,
Et comprit qu’on l’aimait pour tuer sa ferveur ;
Il vit ce qu’il serait : un maître dans la plaine,
Riche, aimé, redouté, — et mort dans sa splendeur.

Alors il reposa la coupe sur la table,
Sans colère et sans mot, comme on rend un dépôt ;
Il détourna les yeux de la fête admirable,
Et le pré, derrière lui, s’éteignit bientôt.

IV. LE CHEMIN DE PIERRE
La forêt, désormais, se faisait transparente ;
Le regard traversait les troncs comme au matin ;
La brume s’amincit, et la mousse odorante
S’ouvrit sous ses talons en un large chemin.

Puis vinrent les degrés d’une antique chaussée,
Des dalles de granit, un mur, un pont dormant ;
Une route de rois, une route effacée,
Qui montait vers le nord sans le moindre tournant.

Il perdit son cheval au gué d’une rivière ;
Il perdit son écu contre un rocher trop dur ;
Il perdit lentement jusqu’à sa voix première,
Et ne garda que soi, ce bagage peu sûr.

V. LA CHAPELLE
Il la vit vers le soir : une chapelle basse,
Sans clocher, sans vitrail, sans porte, et sans un bruit ;
La pierre avait le gris du ciel et de la glace ;
Et rien, sur le seuil nu, n’avait poussé depuis.

Il laissa son épée dehors, couchée dans l’ombre,
Et son heaume, et ses gants, et tout ce qui pesait ;
Il entra : le dedans était plus vaste et sombre
Que la forêt, dehors, où le vent se taisait.

VI. LA COUPE
Elle était là, posée au milieu de la salle,
Sans autel, sans gardien, sans aucun ornement ;
Une coupe sans or, une coupe très pâle,
Nul n’eût su dire d’où, de quel temps, ni comment.

La lumière en sortait sans bruit, comme une haleine,
Elle n’imitait pas la lampe ni le soir ;
Nul feu ne la nourrit, nulle huile, aucune peine ;
Et l’ombre, sous ses plis, cessait d’être du noir.

Elle allait sur les murs et sur la voûte obscure,
Sur le fer d’un vieux gond, sur la main qui tremblait ;
Elle trouvait au bois sa plus vieille blessure,
Elle montrait le vrai, mais rien ne s’expliquait.

Il fit un pas de plus ; sa main devint avide,
Il voulut la saisir, la garder, l’emporter ;
Et la salle, aussitôt, devint plus froide et vide,
Et la lumière alors parut se retirer.

Il comprit lentement quel était l’adversaire :
Non le loup, ni le nain, ni l’eau sans un miroir ;
Mais ce besoin ancien, plus vieux que cette terre,
Le désir de garder, de tenir, de savoir.

Il retira sa main ; il se mit à distance ;
Et lentement, sans bruit, il ploya les genoux ;
Il demeura longtemps dans une paix immense,
Et la clarté revint, et son retour fut doux.

Il ne demanda rien : ni signe, ni promesse ;
Il regarda longtemps ce qu’il n’avait pas su ;
Et l’orgueil, qui fut sa plus royale richesse,
Quitta son corps sans bruit, comme un manteau rendu.

VII. CE QU’IL EMPORTA
Quand il sortit enfin, la campagne était verte,
Sur un matin d’avril d’une immense douceur ;
Il reprit son épée, à demi recouverte
De rosée et de nuit, sans orgueil ni frayeur.

Il ne rapporta rien : ni relique, ni preuve,
Nulle histoire à conter le soir, devant un roi ;
Mais quelque chose en lui, comme une eau, comme un fleuve,
Brillait, montait, coulait, sans qu’il connût pourquoi.

On le revit plus tard sur les routes du monde,
Il n’avait plus de mur, plus rien à refermer ;
Il portait au dedans une clarté profonde
Qu’il ne montrait jamais et ne pouvait nommer.

La chapelle, dit-on, n’est plus sur nulle carte ;
Nul chemin n’y conduit, nul mur ne la retient ;
Mais quand vient le grand soir et que le jour s’écarte,
Un peu de sa clarté s’éveille et se souvient.
Daniil Lazko

PostScriptum

Lecture
Le poème se donne d’emblée pour ce qu’il est : un récit. Cent douze alexandrins, vingt-huit quatrains à rimes croisées, une alternance de rimes féminines et masculines jamais rompue, une césure toujours posée sur une frontière de mot. Cette régularité n’est pas un ornement. Elle est l’équivalent formel du chemin : une mesure identique répétée jusqu’à ce que le voyageur change, tandis que le pas, lui, ne change pas. Le vers ne s’anime nulle part davantage qu’ailleurs, pas même à l’apparition de la Coupe ; l’événement central est confié à la même unité métrique que le départ, et c’est précisément ce refus d’accélérer qui donne au sanctuaire sa qualité de silence.
Deux coupes
Le dispositif symbolique le plus efficace du poème est un doublet. Au cœur de la scène de tentation, on verse le vin dans l’ivoire : matière précieuse, travaillée, prise à un animal, taillée pour la main. Le chevalier, quatre quatrains plus loin, repose la coupe sur la table — geste de restitution, non de refus indigné. Puis, dans la chapelle, ce qui l’attend est une coupe sans or, une coupe très pâle, dont nul ne saurait dire d’où elle vient, de quel temps, ni comment. Entre les deux objets, aucun commentaire n’est offert. La différence est laissée à l’œil : l’une est un ouvrage, l’autre une présence. Le poème ne dit jamais que la première était fausse ; il se contente de la faire poser, et de laisser le silence de la seconde la juger.
Architecture du dedans
Le poème est bâti sur un seul mot, décliné trois fois. Au premier quatrain, le monde est un portail qu’on ébranle du poing : le jeune homme se tient dehors et cogne. Au seuil de la chapelle, le dedans était plus vaste et sombre que la forêt : l’intérieur, contre toute physique, excède l’extérieur. Enfin, au retour, il porte au dedans une clarté profonde, et n’a plus de mur, plus rien à refermer. La progression n’est pas géographique mais topologique : d’un homme qui frappe une porte à un homme qui n’a plus de porte, en passant par un lieu dont l’intérieur est plus grand que le monde. Le sanctuaire ne se trouve pas au bout du chemin ; il change de contenant.
La dépossession
Entre l’épreuve et la chapelle s’ouvre un quatrain d’une brutalité tranquille : le chevalier perd son cheval, son écu, puis jusqu’à sa voix première, et ne garde que soi, ce bagage peu sûr. L’anaphore du verbe perdre trois fois répété fait de la perte un travail et non un accident. Le poème avait pourtant déjà proposé une autre voie : à la tentation, tout lui était donné d’un coup, terres, châteaux, épée, anneau, et le droit de passer le premier dans l’histoire. Le refus de cette offre n’est jamais présenté comme une vertu ; il est présenté comme la condition d’un allègement. Ce que le chevalier abandonne au campement, la route le lui prend ensuite de toute façon — mais la seconde fois, il n’a plus à choisir.
Une lumière définie par la négative
La Coupe n’est jamais décrite positivement. Sa lumière n’imitait pas la lampe ni le soir ; nul feu ne la nourrit, nulle huile, aucune peine ; et sous elle l’ombre cessait d’être du noir. Le procédé est celui de la théologie négative : on avance par retranchement, chaque phrase ôtant une explication possible sans jamais en substituer une autre. Le seul énoncé positif du passage est un geste minuscule et matériel — la lumière trouvait au bois sa plus vieille blessure. Rien de plus n’est dit du bois, ni de la blessure. Le lecteur qui veut y lire un autre bois est libre de le faire ; le poème ne l’y conduit pas et ne l’en empêche pas.
L’adversaire
Le combat central se règle en trois vers et sans une arme. Ayant tendu la main, le chevalier voit la salle se refroidir et la clarté se retirer ; il comprend alors que l’ennemi n’est ni le loup, ni le nain, ni l’eau sans un miroir. Cette dernière image est une reprise : au deuxième mouvement du poème, une eau immobile retenait le ciel mais sans rien qui reflète, et le jeune homme y avait pâli de ne pas trouver son visage. Ce présage, longtemps demeuré sans emploi, revient ici pour être écarté avec les monstres. Le poème range ainsi parmi les faux adversaires jusqu’à ses propres signes. Ce qui reste, une fois la liste épuisée, n’a pas de figure : le désir de garder, de tenir, de savoir. Le troisième terme est le plus dur, car il inclut le lecteur.
Une fin qui ne conclut pas
Le chevalier ne touche pas la Coupe, ne l’emporte pas, ne la nomme pas. Il reprend son épée, à demi recouverte de rosée et de nuit, et repart. Il ne rapporte ni relique, ni preuve, nulle histoire à conter le soir, devant un roi — c’est-à-dire rien de ce qui fait un chevalier dans les romans. Le dernier quatrain déplace enfin le sujet : la chapelle n’est plus sur aucune carte, et lorsque le jour s’écarte, un peu de sa clarté s’éveille et se souvient. C’est la lumière qui se souvient, non l’homme. Le poème abandonne son héros une strophe avant la fin et laisse le dernier verbe à ce qu’il a rencontré. La quête, à cet instant, cesse d’être la sienne.

Note sur la matière du Graal
Le Graal entre en littérature vers 1181-1190, dans le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, resté inachevé. Il n’y est pas encore le Saint Graal : le mot désigne un plat de service, porté en procession devant un roi malade, et l’objet tire sa puissance moins de sa nature que de la question que Perceval, par excès de bonne éducation, omet de poser. La faute du héros y est un silence.
Robert de Boron, une quinzaine d’années plus tard, christianise le motif : dans son Joseph d’Arimathie, le vase devient celui de la Cène, puis celui qui recueille le sang du Christ, et son histoire se noue à une lignée de gardiens. Le Graal cesse d’être une énigme pour devenir une relique et une généalogie.
Le vaste cycle en prose dit Lancelot-Graal ou Vulgate (vers 1215-1235) , œuvre collective et anonyme, porte le motif à son achèvement. La Queste del Saint Graal y fait de la quête une élection : Galaad, chevalier sans faute, voit ce que Lancelot, chevalier sans reproche mais non sans péché, ne peut regarder. Le Graal y départage les hommes.
Le présent poème n’emprunte à ces textes ni un épisode, ni un personnage, ni une formule. Il n’a ni Roi Pêcheur, ni lance qui saigne, ni cortège, ni question omise, ni chevalier élu, ni lignée. Son protagoniste n’a pas de nom, pas de cour d’origine, pas de compagnon, et l’on ignore où il retourne. Ce qu’il retient de la tradition tient en un seul point, mais ce point est le plus ancien : la certitude que l’objet cherché transforme le chercheur davantage qu’il ne lui appartient. Chez Chrétien, cela s’appelle une question qu’on ne pose pas ; ici, cela s’appelle une main qu’on retire.
La forme, elle, ne prétend à aucune ancienneté. L’alexandrin à césure médiane, le quatrain à rimes croisées et l’alternance réglée des rimes féminines et masculines sont des instruments postérieurs de plusieurs siècles à la matière de Bretagne : ils appartiennent à la langue classique française, non au roman en octosyllabes ni à la prose du XIIIᵉ siècle. Cet écart est assumé. Le poème ne cherche pas à faire croire qu’il a été écrit autrefois ; il cherche à faire entendre qu’une chose ancienne demeure disponible, et qu’elle se laisse dire dans une langue qui n’est pas celle de son origine.
Daniił Łaźko
Touapsé, le 29 août 2026


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Poème en Phonétique

i. lə depaʁ
il paʁti œ̃ matɛ̃ kə nyl nə vit paʁεtʁə,
sɑ̃ banjεʁə, sɑ̃ kʁi, sɑ̃z- adjø ni temwɛ̃,
la ɡlwaʁə, kʁwajε til, εt- œ̃ mɔ̃ a kɔnεtʁə,
e lə mɔ̃də, œ̃ pɔʁtaj kɔ̃n- ebʁɑ̃lə dy puiŋ.

il lεsa la vale o ɡʁɑ̃ʒə bjɛ̃ fεʁme,
lε ɡe, lε ʃɑ̃ də ble, lobεʁʒə, lə vjø pɔ̃,
e la fyme mɔ̃tε, dʁwatə, dε ʃəmine,
e pεʁsɔnə, la ba, nə dəmɑ̃da sɔ̃ nɔ̃.

la fɔʁε kɔmɑ̃sa kɔmə ynə nɥi ki taʁdə,
lε tʁɔ̃k sə ʁapʁoʃε ɛ̃si kœ̃ pəplə dɔʁ,
e la bʁymə, ɑ̃ suvʁɑ̃, sɑ̃blε mɔ̃te la ɡaʁdə,
il alε vεʁ lə nɔʁ, sɑ̃ savwaʁ vεʁ kεl pɔʁ.

leky batε ɑ̃kɔʁ o flɑ̃k də la mɔ̃tyʁə,
e sə bʁɥi lɥi paʁlε də ʁwajomə e dɔnœʁ,
il ʁεvε də tuʁnwa, də damə, də myʁmyʁə,
e la pœʁ, sə matɛ̃, netε pa dɑ̃ sɔ̃ kœʁ.

ji. lε siɲə
il tʁuva vεʁ lə swaʁ ynə o platə e mɥεtə,
sɑ̃z- œ̃ suflə, œ̃ ʁozo, sɑ̃z- œ̃ vɔl, sɑ̃z- œ̃ kʁi,
εllə tənε lə sjεl, mε sɑ̃ ʁjɛ̃ ki ʁəflεtə,
il ʃεʁʃa dɑ̃ sεtə o sɔ̃ vizaʒə : il pali.

ynə kloʃə sɔna dɑ̃ lə val, puʁ pεʁsɔnə,
tʁwa ku, pɥi ʁjɛ̃, e lεʁ ɑ̃ ʁεsta plys leʒe,
il ʃεʁʃa lə kloʃe paʁmi lε tʁɔ̃k dotɔmnə :
okœ̃ twa, nylə kʁwa, e ʁjɛ̃ puʁ lebεʁʒe.

e la nɥi, kεlkəfwa, o fɔ̃ dynə klεʁjεʁə,
il vwajε sə ləve ynə palə lɥœʁ,
nɔ̃ pa kɔmə œ̃ vʁε fø, mε kɔmə ynə pʁjεʁə,
εllə nə fyiε pa, εllə atɑ̃dε ajœʁ.

jji. lɔfʁə
œ̃ matɛ̃, la fɔʁε suvʁi kɔmə ynə pɔʁtə,
syʁ dε tɑ̃tə, dε fø, dε banjεʁə, dε ʃɑ̃,
dε ʃəvo, dε dʁapo, ynə ʒwajøzə εskɔʁtə,
e lɔ̃ savε sɔ̃ nɔ̃, kil tεzε si lɔ̃tɑ̃.

ɔ̃ kupa lə pɛ̃ blɑ̃, ɔ̃ vεʁsa dɑ̃ livwaʁə,
ɔ̃n- ɔfʁi dε ʃato, ynə epe, œ̃n- ano,
e lə dʁwa də pase lə pʁəmje dɑ̃ listwaʁə,
sɔ̃ nɔ̃ dɑ̃ la pjeʁə, plys dyʁ kə lə tɔ̃bo.

ynə vwa lɥi dizε : « tu səla, vjɛ̃ lə pʁɑ̃dʁə,
il syfi dœ̃ səl mo, dœ̃ səl ʒεstə, dœ̃ dwa,
lə ʃəmɛ̃ fy bjɛ̃ lɔ̃, il ε tɑ̃ də desɑ̃dʁə,
e la kupə vjɛ̃dʁa, kɔmə lə ʁεstə, a twa. »

il sɑ̃ti dɑ̃ sa mɛ̃ la dusœʁ də la ʃεnə,
e kɔ̃pʁi kɔ̃ lεmε puʁ tɥe sa fεʁvœʁ,
il vit sə kil səʁε : œ̃ mεtʁə dɑ̃ la plεnə,
ʁiʃə, εme, ʁədute, e mɔʁ dɑ̃ sa splɑ̃dœʁ.

alɔʁz- il ʁəpoza la kupə syʁ la tablə,
sɑ̃ kɔlεʁə e sɑ̃ mo, kɔmə ɔ̃ ʁɑ̃t- œ̃ depo,
il detuʁna lεz- iø də la fεtə admiʁablə,
e lə pʁe, dəʁjεʁə lɥi, setεɲi bjɛ̃to.

iv. lə ʃəmɛ̃ də pjeʁə
la fɔʁε, dezɔʁmε, sə fəzε tʁɑ̃spaʁɑ̃tə,
lə ʁəɡaʁ tʁavεʁsε lε tʁɔ̃k kɔmə o matɛ̃,
la bʁymə samɛ̃si, e la musə ɔdɔʁɑ̃tə
suvʁi su sε talɔ̃z- ɑ̃n- œ̃ laʁʒə ʃəmɛ̃.

pɥi vɛ̃ʁe lε dəɡʁe dynə ɑ̃tikə ʃose,
dε dalə də ɡʁani, œ̃ myʁ, œ̃ pɔ̃ dɔʁmɑ̃,
ynə ʁutə də ʁwa, ynə ʁutə efase,
ki mɔ̃tε vεʁ lə nɔʁ sɑ̃ lə mwɛ̃dʁə tuʁnɑ̃.

il pεʁdi sɔ̃ ʃəval o ɡe dynə ʁivjεʁə,
il pεʁdi sɔ̃n- eky kɔ̃tʁə œ̃ ʁoʃe tʁo dyʁ,
il pεʁdi lɑ̃təmɑ̃ ʒyska sa vwa pʁəmjεʁə,
e nə ɡaʁda kə swa, sə baɡaʒə pø syʁ.

ve. la ʃapεllə
il la vit vεʁ lə swaʁ : ynə ʃapεllə basə,
sɑ̃ kloʃe, sɑ̃ vitʁaj, sɑ̃ pɔʁtə, e sɑ̃z- œ̃ bʁɥi,
la pjeʁə avε lə ɡʁi dy sjεl e də la ɡlasə,
e ʁjɛ̃, syʁ lə səj ny, navε puse dəpɥi.

il lεsa sɔ̃n- epe dəɔʁ, kuʃe dɑ̃ lɔ̃bʁə,
e sɔ̃n- omə, e sε ɡɑ̃, e tu sə ki pəzε,
il ɑ̃tʁa : lə dədɑ̃z- etε plys vastə e sɔ̃bʁə
kə la fɔʁε, dəɔʁ, u lə vɑ̃ sə tεzε.

vi. la kupə
εllə etε la, poze o miljø də la salə,
sɑ̃z- otεl, sɑ̃ ɡaʁdjɛ̃, sɑ̃z- okœ̃ ɔʁnəmɑ̃,
ynə kupə sɑ̃z- ɔʁ, ynə kupə tʁε palə,
nyl ny sy diʁə du, də kεl tɑ̃, ni kɔmɑ̃.

la lymjεʁə ɑ̃ sɔʁtε sɑ̃ bʁɥi, kɔmə ynə-alεnə,
εllə nimitε pa la lɑ̃pə ni lə swaʁ,
nyl fø nə la nuʁʁi, nylə ɥilə, okynə pεnə,
e lɔ̃bʁə, su sε pli, sesε dεtʁə dy nwaʁ.

εllə alε syʁ lε myʁz- e syʁ la vutə ɔpskyʁə,
syʁ lə fεʁ dœ̃ vjø ɡɔ̃, syʁ la mɛ̃ ki tʁɑ̃blε,
εllə tʁuvε o bwa sa plys vjεjə blesyʁə,
εllə mɔ̃tʁε lə vʁε, mε ʁjɛ̃ nə sεksplikε.

il fi œ̃ pa də plys, sa mɛ̃ dəvɛ̃ avidə,
il vuly la sεziʁ, la ɡaʁde, lɑ̃pɔʁte,
e la salə, osito, dəvɛ̃ plys fʁwadə e vidə,
e la lymjεʁə alɔʁ paʁy sə ʁətiʁe.

il kɔ̃pʁi lɑ̃təmɑ̃ kεl etε ladvεʁsεʁə :
nɔ̃ lə lu, ni lə nɛ̃, ni lo sɑ̃z- œ̃ miʁwaʁ,
mε sə bəzwɛ̃ ɑ̃sjɛ̃, plys vjø kə sεtə teʁə,
lə deziʁ də ɡaʁde, də təniʁ, də savwaʁ.

il ʁətiʁa sa mɛ̃, il sə mit a distɑ̃sə,
e lɑ̃təmɑ̃, sɑ̃ bʁɥi, il plwaja lε ʒənu,
il dəməʁa lɔ̃tɑ̃ dɑ̃z- ynə pε imɑ̃sə,
e la klaʁte ʁəvɛ̃, e sɔ̃ ʁətuʁ fy du.

il nə dəmɑ̃da ʁjɛ̃ : ni siɲə, ni pʁɔmεsə,
il ʁəɡaʁda lɔ̃tɑ̃ sə kil navε pa sy,
e lɔʁɡœj, ki fy sa plys ʁwajalə ʁiʃεsə,
kita sɔ̃ kɔʁ sɑ̃ bʁɥi, kɔmə œ̃ mɑ̃to ʁɑ̃dy.

vji. sə kil ɑ̃pɔʁta
kɑ̃t- il sɔʁti ɑ̃fɛ̃, la kɑ̃paɲə etε vεʁtə,
syʁ œ̃ matɛ̃ davʁil dynə imɑ̃sə dusœʁ,
il ʁəpʁi sɔ̃n- epe, a dəmi ʁəkuvεʁtə
də ʁoze e də nɥi, sɑ̃z- ɔʁɡœj ni fʁεjœʁ.

il nə ʁapɔʁta ʁjɛ̃ : ni ʁəlikə, ni pʁəvə,
nylə istwaʁə a kɔ̃te lə swaʁ, dəvɑ̃ œ̃ ʁwa,
mε kεlkə ʃozə ɑ̃ lɥi, kɔmə ynə o, kɔmə œ̃ fləvə,
bʁijε, mɔ̃tε, kulε, sɑ̃ kil kɔny puʁkwa.

ɔ̃ lə ʁəvi plys taʁ syʁ lε ʁutə dy mɔ̃də,
il navε plys də myʁ, plys ʁjɛ̃ a ʁəfεʁme,
il pɔʁtε o dədɑ̃z- ynə klaʁte pʁɔfɔ̃də
kil nə mɔ̃tʁε ʒamεz- e nə puvε nɔme.

la ʃapεllə, di tɔ̃, nε plys syʁ nylə kaʁtə,
nyl ʃəmɛ̃ ni kɔ̃dɥi, nyl myʁ nə la ʁətjɛ̃,
mε kɑ̃ vjɛ̃ lə ɡʁɑ̃ swaʁ e kə lə ʒuʁ sekaʁtə,
œ̃ pø də sa klaʁte sevεjə e sə suvjɛ̃.