Prose : La Spéléologie Du Mental (Iii)

La Spéléologie Du Mental (Iii)

  • selon le livre « Les prodigieuses victoires de la Psychologie » de Pierre Daco, Ed. Marabout, impression achevé en Décembre 2000

    II - La cathédrale découverte

    Pierre Janet (1859 - 1947)

    Pierre Janet, géant français de la psychologie… Homme fin, racé, connu à trente-deux ans par ses premiers travaux ; alerte jusqu’à la fin de son grand âge.
    Un homme sans dogme ! Voici comment le présente Minkowsky : « Lorsque Pierre Janet, alerte, svelte, au regard pénétrant, à la démarche juvénile et élastique, aux gestes sobres et précis, vous introduit dans son bureau, on est tout de suite saisi par l’atmosphère particulière faite de sérieux, de persévérance, de pensée, de curiosité scientifique toujours en éveil, d’esprit d’exploration, qui émane de la personne du maître et dont semble tout imprégnée cette vaste pièce, tapissée de haut en bas de livres, qui lui sert de lieu de travail. L’image du labeur qui y a été accompli et qui continue à s’accomplir vous remplit de piété. »
    Le grand désir de Janet était d’allier ses goûts scientifiques et religieux. Ne le dit-il pas lui-même ? … « Je rêvais la conciliation de la science et de la religion, l’union devant s’opérer par une philosophie perfectionnée qui satisfît la raison et la foi. Je n’ai pas trouvé cette merveille, mais je suis resté philosophe… »
    Devenu docteur en médecine, Janet observe les hystériques. Il pratique l’hypnotisme avec acharnement. Il cherche… A trente ans, il écrit une thèse : l’Automatisme Psychologique. Nous sommes en 1889.
    Ensuite, Janet débarque à Paris, et file chez le grand Charcot, de la Salpétrière. Terrain idéal pour lui ! Les étranges phénomènes de l’hypnotisme et de l’hystérie sont à l’ordre du jour. Janet suit les cours de Charcot ; devient ensuite directeur du laboratoire de psychologie pathologique.
    De nombreux volumes témoignent de ses milliers d’observations pénétrantes, et toujours profondément humaines. Quarante années d’observations ! …
    Voici ce que disait Janet : «… le rétrécissement dans les spécialités n’est jamais une bonne chose ; si l’on s’occupe de la psychologie, il a des effets déplorables… La psychologie, par sa définition même, touche absolument à tout. Elle est universelle. Il y a des faits psychologiques partout… »

    L’homme normal et l’homme anormal vus par Janet

    Voici une conception capitale de la psychologie… et de l’équilibre de chaque jour. Quelles sont les situations communes à tous les hommes ? C’est de se trouver plongés dans les circonstances. Ces circonstances demandent donc une adaptation… avec le moins de dégâts possibles. C’est là que réside la différence entre les hommes normaux et anormaux.
    Afin de le mieux comprendre, prenons un exemple physiologique : le repas.
    a) L’homme qui est normal au moment où il digère, assimile parfaitement les aliments divers qui constituent son repas. La digestion se fait sans le moindre accroc, et sans la moindre gêne.
    b) L’homme qui est anormal au moment où il digère, est soumis à un travail gastrique laborieux. Cela (comme on dit) « lui reste sur l’estomac ». De plus, certains symptômes peuvent apparaître : renvois, vomissements, malaises, vertiges. Il y a donc une substance qui ne s’est pas assimilée harmonieusement avec les autres aliments.
    Passons maintenant au plan psychologique :
    Un homme normal est un homme dont la « tension » psychologique est forte et harmonieuse. Supposons que cet homme se trouve placé devant une circonstance à laquelle il n’est pas préparé. Que va-t-il se produire ? Il va tout simplement « digérer » l’évènement, avec une aisance parfaite.
    Je vous donne un exemple : vous devez faire votre entrée, sans préparation, dans une pièce remplie de monde, et cent paires d’yeux sont braqués sur vous.
    Si vous êtes normal :
    a) comme la circonstance est soudaine, vous vous arrêtez, afin d’observer la situation ;
    b) vous vous décidez rapidement, et avancez prudemment ;
    c) faisant cela, vous vous adaptez progressivement et rapidement.
    d) au bout de quelques minutes, vous évoluez avec une aisance parfaite, sans crainte, ni émotion, ni agressivité, ni raideur ;
    e) vous n’éprouvez ensuite ni fatigue, ni émotion. Cette action ne vous a pas coûté d’énergie. Elle est accomplie, et terminée. Elle s’est intégrée dans les autres circonstances formant votre personnalité.

    Si vous êtes anormal :
    a) comme la circonstance est brusque et nouvelle, vous vous arrêtez ;
    b) vous êtes soumis au « trac » et au blocage émotif ;
    c) la peur et l’émotion apparaissent ;
    d) ou bien vous demeurez figé ; ou bien vous fuyez ; ou bien vous attaquez ;
    e) vous éprouvez de la fatigue. Cette action vous a coûté émotivement. De plus, l’action n’est pas terminée ; en effet, vous risquez de ruminer votre échec d’adaptation, de renforcer vos sentiments d’infériorité, d’avoir des craintes, des phobies, des ressentiments, etc.

    Le normal et l’anormal dans la vie courante

    La vie courante demande évidemment des milliers d’adaptations ! Il y a toutes les circonstances nouvelles, quelles qu’elles soient ; il y a les évènements imprévus ; les responsabilités nouvelles ; les « coups durs », les échecs, les émotions, etc.
    Que fait l’homme normal ? Il « intègre » toutes les circonstances. Il les avale et les digère mentalement. Tous les évènements se fusionnent dans son moi, en s’intégrant harmonieusement dans sa personnalité générale. Tout cela se fait sans heurt ni fatigue. L’affectivité de l’homme normal est semblable à un réservoir, dans lequel se fondraient tous les évènements… comme des fruits différents dans une bassine à confitures (ou comme les aliments divers dans un estomac en bon état. )

    Que fait l’homme anormal ? L’évènement n’est pas digéré mentalement. Il n’est pas assimilé par le moi. La circonstance reste en dehors de ce moi, et travaille pour son propre compte. En dehors du « réservoir » de l’affectivité, se forment alors un ou plusieurs satellites mentaux. Ils ont leur vie propre, et ne parviennent pas à s’intégrer dans le réservoir général de l’affectivité. Chacun de ces satellites mentaux impose des tiraillements intérieurs, et produit des symptômes (comme une indigestion mentale, en quelque sorte… ) . L’unité du moi est alors rompue. Cela se constate dans les complexes, les refoulements, dans les émotions non liquidées, etc. Et c’est alors la gamme immense des symptômes… allant du petit malaise moral aux obsessions les plus terribles.
    Que dit Janet de la conscience ? Reprenons l’image : la conscience est comme un vaste réservoir dans lequel s’amalgament tous les évènements. la conscience est donc une activité de synthèse. Elle doit réaliser une fusion harmonieuse de milliers de circonstances différentes. La conscience réunit des phénomènes nombreux en un seul phénomène nouveau, mais différent du phénomène isolé.
    Cas de l’homme normal dans le salon : son moi est demeuré intact ; il a cependant acquis une nouvelle expérience ; mais cette expérience s’est intégrée dans sa personnalité. Il y a eu synthèse des évènements.
    Cas de l’homme anormal : la circonstance reste en dehors de son moi ; ce moi est tiraillé par un « satellite » mental, qui est son acte manqué.
    Par conséquent, toute maladie psychologique, quelle qu’elle soit, viendrait d’un affaiblissement du pouvoir de synthèse. Un évènement surgit, que le sujet ne parvient pas à « ajuster » à son moi L’unité de la personnalité se relâche ; la tension baisse. Le langage populaire ne dit-il pas : « Ca ? … je ne l’ai pas encore digéré ! … ». Cela signifie donc que l’évènement, demeuré en dehors du moi, le tracasse et l’obsède.

    Les points essentiels de la psychologie de Janet

    Il est certains que les actions d’un homme n’ont pas toujours la même valeur. Vous pouvez vous adapter facilement à certaines circonstances qui correspondent à une habitude. Par exemple, une vie normale de bureau n’offrira aucune difficulté d’adaptation à un sujet normal. Mais tout change si la vie de bureau est anormale (chef dictatorial par exemple) , ou si l’employé est anormal (grand timide, agressif, crispé, etc. ) . Tout dépend donc de ceci :
    a) si l’action s’accomplit par habitude-réflexe : aucune difficulté. L’adaptation se fait.
    b) si l’action demande une conduite nouvelle, l’adaptation se fait… ou ne se fait pas.
    Comment ? Tout simplement parce que l’adaptation dépend de l’état du sujet (physique et mental) .
    Il s’agit donc de voir si l’action demande une conduite nouvelle et non habituelle ! Or, ces conduites se présentent fréquemment : émotions ; mort d’êtres chers ; fiançailles, sexualité, mariage ; nouvelles responsabilités ; voyages ; cohabitation avec des personnes antipathiques ; etc, etc…
    Par exemple également, un acte créateur et un acte d’intelligence sont plus fatigants qu’un acte habituel ou instinctif. Si vous vous laissez aller, vous serez moins fatigué que si vous vous concentrez, etc
    On peut donc considérer qu’il existe des actions de « haute tension » et de « basse tension ». La tension demandée est en rapport direct avec la complexité de la conduite à adopter. De plus, ces conduites doivent être synthétisées et amalgamées dans le moi ; et ce moi doit demeurer aisé et harmonieux.
    Et Janet insiste : « Il est évident que certains actes sont plus coûteux que d’autres et épuisent davantage les forces, … il faut bien comprendre que l’accomplissement des actes élevés appartenant à la série de la réflexion, est capable bien plus encore de déterminer des dépressions… »

    Quelle est donc la sagesse ?

    Chacun sait que la richesse en biens matériels n’est pas la même pour tous. Chacun sait aussi que le capital d’énergie diffère d’une personne à l’autre. Mais si les hommes dépensent leur argent en fonction de leur capital, combien dépensent leur énergie en fonction de leur force ? …
    Vous voulez être intelligemment sage ? … connaissez votre capital ! Connaissez vos limites d’énergie. Connaissez, surtout, les actions qui vous sont coûteuses. Un simple voyage qui ne représente aucune dépense d’énergie pour telle personne, deviendra une action terriblement épuisante pour une autre. Il faut donc connaître ses limites. N’est-il pas intelligent de faire fructifier le capital, afin de pouvoir vivre sur les intérêts qu’il produit ?
    Les personnes « nerveuses » ont une tendance à l’action amoindrie. Leur adaptation à des situations nouvelles se fait difficilement, et demande donc une dépense importante d’énergie. De plus, si le travail fatigue, l’émotion épuise davantage. Et n’oublions pas que les « nerveux » sont poursuivis par l’idée d’incapacité, et la peur de la fatigue.
    Il faut donc connaître son coefficient de travail physique et mental, et ne pas le dépasser. Dépenser l’intérêt, oui ; mais ne pas toucher au capital ! L’apprentissage d’un rythme de travail est précieux. Mais savoir interrompre un travail, dès l’apparition de la fatigue, est plus précieux encore. L’énergie récupérée se reverse dans le capital qui reproduit des intérêts, et ainsi de suite. L’activité humaine doit se partager entre l’activité et le repos. Un grand rythme doit présider à cette activité. Il faut fixer son attention sur la fatigue ; non pour s’en effrayer ; mais, au contraire, pour en tirer enseignement et expérience. Pour apprendre, au fond, à rythmer sa vie… exactement comme on fait ses comptes en fin de journée, afin de constater si la dépense n’a pas dépassé la normale.
    Le « nerveux » ne devra jamais attacher une importance obsessionnelle à sa fatigue ; ni se décourager devant son manque de mémoire. Au contraire, je répète qu’il doit s’en servir, pour constater et connaître ses limites qui sont facilement extensibles, par apprentissage d’un rythme de vie qui lui permettra, enfin, d’ « intégrer » toute action, de la digérer sans effort, et de pouvoir agir et penser avec l’aisance qui, en fin de compte, est l’apanage de l’homme.

    Les actions épuisantes

    Janet a étudié avec soin les actions épuisantes, c’est à dire les activités pouvant amener une « baisse de tension ». Les principales sont : la fatigue émotive prolongée (surtout ! ) ; le surmenage mental ; toutes les émotions dépressives. Très souvent, chez les déprimés, l’action reste à l’état de désir et de velléité. Les efforts sont dispersés, sans aucun résultat positif. La personne fait tout à moitié ; la dispersion des efforts augmente ; apparaissent alors l’émotion, l’effort inutile, l’hésitation, le doute, la rumination mentale, le mécontentement de soi ; l’épuisement. J’en ai déjà parlé dans la « Fatigue ».
    Tout dépend évidemment des prédispositions de chacun. Quelle est la sagesse une fois encore ? Connaître ses propres actions épuisantes ! Mais certaines actions sont épuisantes parce qu’à la base, se trouve une névrose.
    Ici, il est certain que la psychologie devra s’occuper de la névrose de base, et non pas de l’action épuisante elle-même, qui n’est qu’un symptôme.
    De même, un simple dîner en famille peut être, pour certains, cent fois plus fatigant qu’une étude intensive. Pourquoi ? Par la crispation, les refoulements, les hostilités « rentrées », etc. , que ce dîner peut causer. Ce cas m’amène à parler des personnes épuisantes. Cohabiter avec ce genre de personnes produit fréquemment les pires névroses. Les personnes épuisantes pourraient être appelées des « mangeurs d’énergie ». Pourquoi et comment ? Nous allons le voir. Mais comme je l’ai déjà dit, c’est dans le milieu familial que les mangeurs d’énergie se manifestent le plus souvent ; tout simplement parce que la cohabitation est très prolongée et soumise à des codes moraux, au respect absolu, à des interdictions d’hostilité, etc. Mais il est certain qu’un chef de bureau peut « manger » l’énergie de son employé, puisque, ici également, il y a cohabitation.

    Les mangeurs d’énergie ou personnes épuisantes

    Qui sont ces personnes ? Elles sont si nombreuses, elles possèdent tant de masques différents que je dois renoncer à les citer toutes… Mais, de toute façon, elles ont une marque de fabrique commune : le besoin de dominer !
    C’est toute la gamme des gens autoritaires, dictatoriaux, maniaques, trop exigeants, tâtillons, boudeurs, jaloux, susceptibles, haineux…
    Ces personnes épuisantes possèdent des masques différents, ai-je dit ? Combien de personnes (nous allons voir des cas) cachent leur besoin de domination sous un masque de « bonté » excessive ? … (Bien qu’inconscient. ) Le mécanisme est très habile. Une personne de votre famille vous domine, et vous sentez une hostilité intérieure, chargée d’émotion. Mais si cette personne est « merveilleusement bonne » pour vous, comment pourrez-vous décharger cette hostilité émotive ? C’est alors le refoulement dans toute sa splendeur… De même, combien de personnes « jouent au martyr »… pour mieux obtenir ce qu’elles veulent ? Combien s’accrochent à leur enfant, et le « couvent » ? Combien de mères empêchent inconsciemment leur fils de devenir un homme, et font tout pour qu’il reste un petit enfant ? … Dans ces domaines, tout moyen peut être employé ; aussi bien l’autoritarisme pur, que les innombrables masques qui peuvent le cacher…
    Quand ces personnes épuisantes mangent-elles l’énergie des cohabitants ? En premier lieu, quand il est impossible de décharger l’hostilité émotive. (Ce peut être le cas d’un enfant vis-à-vis de ses parents, d’un employé vis-à-vis de son chef, etc. ) De plus, toute personne éprouvant un besoin intense de domination, est névrosé. Cette domination est pour elle un mécanisme de sécurité intérieure. L’adaptation à ces personnes est donc, non seulement très difficile, mais sans cesse renouvelée et changeante. Avec elles, l’habitude de vie n’existe pas. Il faut sans cesse être aux aguets, tendu, crispé. « On ne sait jamais sur quel pied danser »… est un refrain habituel. Mais il ne faut pas oublier que ces cohabitations durent souvent pendant des années, heure après heure, minute après minute. Se rend-on compte des émotions, des révoltes, des colères « rentrées », des soumissions rageuses que provoquent ces mangeurs d’énergie ?
    Quelles sont les plaintes des personnes vivant avec elles ?
    Elles présentent de nombreux points communs : l’épuisement toujours ; la diminution ou l’anéantissement de la personnalité ; l’impossibilité d’être soi-même ; l’impossibilité d’un acte spontané ; le calcul prudent de la moindre action ; l’infériorisation et la frustration ; la suppression des responsabilités, etc…
    J’ai dit que la domination peut se manifester sous une forme pure. Mais également avoir de multiples faces qui la recouvrent. C’est d’ailleurs ce derniers cas qui produit le plus de ravages.

    L’autoritariste pur

    Il existe une énorme différence entre Autorité et Autoritarisme. L’autorité considère le commandement comme un moyen. L’autorité cherche à réaliser une envergure réelle. Elle respecte totalement les personnes commandées. C’est, si l’on veut, le commandement démocratique à l’état pur. Cette autorité authentique donne, parce qu’elle est richesse et force
    L’autoritariste ? C’est tout le contraire… L’autoritariste considère le commandement comme une fin en soi. Ce commandement représente pour lui la sécurité intérieure. Il refusera donc toute discussion de sa domination. Il exige tout, mais ne donne rien. L’autoritariste est un agressif : donc un faible ! Son commandement est une attaque déguisée. Il attaque de peur d’être attaqué, lésé ou infériorisé. L’autoritarisme et la domination sont, pour les faibles, des compensations de premier choix. Inférioriser les autres leur donne une illusion de supériorité et de force. De plus, ils éprouvent la sensation d’accomplir une action, mais sans devoir dépenser l’énergie créatrice nécessaire, ce dont ils sont incapables. Dans la vie courante, ces chefs-erzats grouillent, hélas…
    Dans cette même vie courante, les autoritaristes peuvent se maintenir grâce à plusieurs facteurs. Tout d’abord à cause de facteurs utilitaires : par exemple un subordonné qui se tait par crainte d’être licencié ; un subordonné peureux, etc. Ensuite, à cause de l’éternelle confusion entre force et agressivité. Alors que, nous l’avons vu à plusieurs reprises, l’agressivité est à l’opposé de la force…
    Autre confusion : entre sécheresse dominatrice et volonté. Or, si l’autoritariste semble extrêmement volontaire, c’est justement parce qu’il n’a pas du tout de volonté réelle… puisqu’il n’a pas de force mentale ! On constate d’ailleurs que l’autoritariste s’entête à la moindre occasion. Pourquoi ? Parce que toute opposition le place devant son propre abîme d’incertitude et de faiblesse. L’entêtement de l’autoritariste est le parent pauvre de la volonté. Si l’entêtement devait être de la volonté, les mulets, à ce compte, seraient très volontaires… (j’en reparlerai dans le chapitre consacré à la volonté) .
    En attendant, tout cela opère des coupes sombres dans la santé. Car, cohabiter avec un autoritariste est une action épuisante ; surtout s’il représente un Tabou contre lequel il est moralement interdit de se révolter, comme je l’ai déjà dit.

    Un cas de domination déguisée
    _ Yves, homme de trente ans, a sombré dans la névrose et l’épuisement, parce que la tante qui l’a élevé n’a jamais voulu lui laisser accomplir une action sans y participer. Cette tante lui imposait son aide, lui imposait ses idées et ses recommandations. Présence sans cesse tâtillonne, manie d’aider, de conseiller.
    Voici ce que dit Yves : «… jamais je n’ai pu accomplir une action, même ridicule, sans qu’elle m’impose son aide… je ne puis pas l’expliquer… c’était épuisant, à se laisser tomber dans un fossé… et me couver… et me dorloter en plus… tenez : chercher du charbon ? Une action complètement crétine, n’est-ce pas ? Eh bien, elle m’imposait son aide dans des histoires pareilles… n’en prends pas trop… c’est lourd… je vais t’aider… moi je ferais comme ceci… etc. Faire un paquet ? Un stupide paquet ? (les mains de Yves tremblent de révolte) … pas moyen de le faire seul… ma tante était là, collée à moi, collée au paquet… regardant comment je plaçais l’objet le plus insignifiant… Et cela tous les jours, vous entendez ? … Et quand parfois je parvenais brutalement à ce qu’elle me laisse faire, je la sentais à trois pas, me surveillant du coin de l’oeil… je me sentais comme un parfait imbécile, comme si j’avais encore trois ans… je me sentais dévirilisé, et cela a duré 18 ans ! … Me révolter ? Mais ma tante était d’une » bonté « excessive… elle me couvait… et elle n’aurait rien compris ; elle croyait bien faire, sans se rendre compte qu’elle était terriblement autoritaire, malgré sa » bonté «… Elle était susceptible… boudeuse, et douloureuse avec ça, quand on la contrariait ! … J’avais tellement de crispation quand je faisais quelque chose que je préférais la laisser faire… même les gros travaux… même planter des clous… et je passais pour fainéant ! … Je ne puis vous dire les bouffées intérieures de rage que j’ai eues pendant ces dix-huit années, où je n’ai jamais pu avoir la sensation d’être un homme spontané… ».
    Résultat ? Yves X. n’est plus capable de prendre aucune responsabilité, et est devenu homosexuel… C’est tout, mais c’est tragique.

    Un autre cas

    Jacques est un adolescent. Sa mère, elle aussi, semble considérer qu’il est incapable de faire quelque chose sans elle. Donc, même jeu que pour Yves, en quelque sorte… Un jour, Jacques doit transporter au salon un objet fragile. Acte banal, s’il en est ! Et, pour la dix millième fois, sa mère intervient : «… Prends garde… j’aimerais mieux transporter cela moi-même… tu ferais mieux de me le laisser emballer, ce serait plus sûr… prends garde, ne glisse pas… fais attention… porte-le doucement… mais ne le prends donc pas si brutalement ! … attends : laisse-moi le protéger d’un journal… »
    Et l’adolescent, hargneux et désespéré, réplique en criant : « Je transporte des objets depuis des années, tu entends ! Ai-je jamais laissé tomber quelque chose ? Est-ce que tu crois que j’ai encore trois ans ? … »
    Il n’y a rien à faire. Ou bien la mère névrotique boude, ou déclare que « son fils a un sale caractère ». Ou bien reprend : «… non, mais enfin, prends bien garde tout de même… »
    Finalement l’adolescent, épuisé, fracasse l’objet au sol, avec une rage terrible, et sort sans dire un mot.
    Cette mère m’a raconté l’incident en me disant : «… un caractère aussi peu reconnaissant, monsieur ; et moi qui ai tout fait pour lui… Ah ! la jeunesse d’aujourd’hui… ! »
    Et quand j’ai tenté d’expliquer élémentairement à cette dame que ses surveillances autoritaires étaient en train d’écraser son fils ; que ce fracassement de l’objet était un acte de virilité révoltée, c’est à peine si elle ne m’a pas sauté à la gorge…

    Un autre cas

    Cas de domination déguisée également. Ici, l’obéissance n’est pas exigée par des ordres donnés ; mais elle est demandée comme une manifestation d’affection. C’est ce que Janet appelle la « manie de l’amour ».
    Que dit le névrosé de ce genre ? : «… j’ai besoin d’être aimé sans cesse… d’être entouré… d’être cajolé… j’ai besoin qu’on s’occupe de moi… je ne supporte pas qu’on fasse quelque chose en dehors de moi… »
    Et Janet dit : « Ce qu’ils appellent » être aimés «, c’est d’abord ne jamais être attaqués ou lésés d’aucune manière. Ils ont besoin de flatteries, de réconforts perpétuels, de louanges, qui remontent leur tension psychologique ». Pour ces personnes, l’amour consiste à recevoir, purement et simplement. Sans jamais donner quoique ce soit, sinon l’épuisement. La personne cohabitante doit donc, sans cesse, être aux aguets de leurs désirs, de leurs faiblesses ; louvoyer pour éviter les reproches pleurnichards, les attitudes « martyres », les susceptibilités à fleur de peau…

    Les jaloux

    La jalousie est la plaie mortelle de beaucoup de ménages.
    La jalousie peut être simple, aussi bien que nettement pathologique. La personne « aimée » est accaparée d’une façon absolue, et enfermée dans un perpétuel carcan. De plus, une hostilité tâtillone, maniaque, féroce, incessante, apparaît envers tout ce qui peut distraire la personne « aimée » : études personnelles, travail, livres, amis… Même envers les pensées silencieuses ! Une personne jalouse n’admettra pas que l’objet « aimé » pense seul, ou rêve. Pourquoi ? Parce qu’il risque d’échapper ainsi au cercle fermé dans lequel le jaloux veut l’enfermer.
    Voici ce que dit un homme soumis à une femme jalouse : «… c’est absolument épuisant, je suis littéralement claqué. J’ai peur de rentrer chez moi… tout est prétexte à déclencher la jalousie… mon noeud de cravate bien fait, un air joyeux, un sourire aux lèvres… Alors, elle me dit : » Tu as vu une autre femme que tu souris comme ça ? … Oh ! je me rends compte que je ne suis pas assez jolie, mais je te veux pour moi toute seule… « Je ne réponds pas, parce que c’est inutile. C’est une véritable idée fixe. Je me sens prisonnier dans un réseau de surveillance étroite ; si je ne pense à rien, elle me reproche de ne pas penser à elle ; si je suis silencieux, elle me reproche d’être indifférent… En rue, la surveillance devient épouvantable. Je dois marcher aussi raide qu’un piquet… vous pensez ! … il y a des femmes en rue ! J’ai été obligé d’abandonner tous mes amis qui, paraît-il, m’enlevaient un peu à son amour… Je n’ose même plus lire… Encore six mois de ce genre, et je suis bon pour l’hôpital… à un tel point que je préfère encore être au bureau, et pourtant je déteste le bureau… »
    La jalousie est donc un exclusivisme total. Elle considère l’être « aimé » comme un vulgaire objet, à qui il est interdit d’avoir un peu de vie personnelle et spontanée. La jalousie est toujours le symptôme d’une faiblesse morale et d’une grande pauvreté affective. La personne jalouse tente de combler un vide intérieur, où se trouvent souvent de grands sentiments d’infériorité. Comment donc conserver cet objet ? En l’emprisonnant mentalement, ce qui est fréquent ; ou même physiquement… ce qui arrive aussi ! Or, posséder quelque chose implique un certain travail destiné à le garder. De cela, le jaloux est incapable. Il lui faut donc déclencher la dictature, afin d’empêcher toute fuite, qui demanderait un travail de récupération… D’où agressivité violente contre les personnes étrangères qui pourraient provoquer ce travail de récupération. (Par exemple : une femme jalouse sera agressive envers les amis de son mari, qui « l’enlèvent à elle », et l’obligent, croit-elle, à devoir « récupérer » l’amour de son mari… )
    Le jaloux croit aimer. Il ne fait que chercher sa propre sécurité intérieure. La jalousie adulte est toujours le symptôme d’une déficience psychologique. Or, chez le jaloux, les insécurités mentales sont si fortes et si nombreuses, que la plus faible chiquenaude risque de dévoiler un abîme affectif… que sa faiblesse est impuissante à combler. On comprend donc que la dictature et la force policière soient, pour lui, la seule solution. Et la moindre « fuite » de l’être « aimé » peut produire des angoisses, des obsessions, et parfois de formidables haines.
    La jalousie est une forme aiguë d’autoritarisme, pouvant produire, à son tour, de nouveaux déséquilibres : obsessions, idées fixes, décharges impulsives et passionnelles, rumination mentale, etc… au grand détriment de la personne emprisonnée. Je répète donc que la jalousie est toujours un symptôme de déséquilibre affectif.

    La jalousie chez les enfants

    Plusieurs mécanismes entrent en jeux. Le plus simple est quand l’aîné est jaloux du cadet, qu’il considère comme accaparant tout l’amour des parents. C’est une jalousie assez normale, qui se liquide facilement par l’attitude des parents, et la responsabilité qu’ils donnent à l’aîné.
    Plus tard, c’est le cadet qui jalouse l’aîné. Pourquoi ? A cause des avantages physiques et moraux donnés par son âge. Ici, également, tout dépend de la configuration familiale.
    Il existe une autre forme de jalousie : celle de l’enfant envers le parent du même sexe (par exemple, le garçon qui est jaloux de son père) . C’est la forme la plus importante. Nous la verrons en psychanalyse, en étudiant le complexe d’Oedipe.
    La plupart de ces sentiments demeurent inconscients. (Surtout le complexe d’Oedipe ! ) Cependant, bien qu’ils soient inconscients, ils agissent ! Que fait alors l’enfant ? Il décharge sa jalousie par une agressivité parfois dangereuse. Ou bien la décharge se fait d’une façon symbolique : l’enfant détruit rageusement la poupée appartenant à son rival, la piétine, etc.
    Ou bien il joue avec des marionnettes, et son rival est représenté sous forme d’un personnage humilié. Ou l’enfant dessine : il représente son rival rejeté de la famille, tué, bafoué, insulté. La jalousie enfantine fait fréquemment apparaître des symptômes nerveux : notamment des tics et le fameux « pipi au lit », appelé Enurésie.
    Le cas le plus dangereux apparaît lorsque l’enfant jaloux opère une régression affective. Il se diminue, s’infériorise : il reste infantile, il joue au « tout petit enfant » afin d’attirer et de conserver l’attention des parents. Cette situation est dangereuse si elle se prolonge ; c’est alors la névrose. Nous aurons alors affaire à un adolescent névrosé et infantile, demeuré affectivement en arrière, et incapable d’autre chose que d’un échec perpétuel.
    D’autres fois, l’enfant ressent sa jalousie agressive comme une faute grave (cela se vérifie toujours dans le complexe d’Oedipe) . Si cette situation ne se liquide pas normalement, nous retrouverons l’adulte bourré de sentiments de culpabilité inconsciente, de sentiments d’infériorité, d’homosexualité latente, etc. Je reparlerai de tout cela.

    La jalousie de projection

    Je dois citer un cas (assez fréquent d’ailleurs) qui montre des « dessous » parfois très étranges de la jalousie. Il s’agit ici d’une situation beaucoup plus grave, d’une forme terrible de jalousie, qui peut évidemment jouer avec des intensités variables. Elle devient une idée fixe qui touche le délire de persécution.
    Voici ce que dit monsieur X… : «… Ma femme m’accuse sans cesse d’être l’amant des nombreuses femmes qu’elle connaît ; elle prétend que je fais des propositions honteuses à ses amies et à toutes les femmes que je rencontre. Cela ne cesse jamais. C’en est parfois épouvantable ; une vie d’enfer. Dès que je rentre, ce sont des colères, des accusations qui se suivent sans arrêt… Elle m’examine sous toutes les coutures… En société, cela devient terrible. Elle va parfois jusqu’à faire une scène publique, et gifler une femme que j’ai simplement et normalement regardée ! … »
    « J’ai, dit-elle, de nombreuses relations vicieuses, et je suis affreusement débauché… Croyez-moi, je subis un véritable martyre… et ce qui est le plus beau, c’est que ma femme sait très bien que mes soit-disantes maîtresses ne sont pas du tout » mon genre «.
    Et c’est ici que la psychanalyse dresse l’oreille. Il est bien certain qu’une pareille jalousie est nettement pathologique. Mais il y a plus. Si le psychanalyste a devant lui l’épouse, il constate rapidement un mécanisme qui explique tout.
    Je reprends donc le cas de ce malheureux mari. La femme est convaincue que son mari la trompe avec certaines autres femmes, d’une façon absolument vicieuse et débauchée. C’est alors que se découvre un jeu profond, très étrange pour le profane, mais courant pour le psychanalyste.
    1) Le genre de femmes accusées ne correspond pas à l’idéal féminin du mari.
    2) Ce même genre de femme correspond parfaitement à l’idéal féminin de l’épouse. Donc, cette épouse serait homosexuelle ? Oui, mais homosexuelle latente et inconsciente. Etant donc inconsciemment homosexuelle, cette épouse a donc inconsciemment envie de faire des propositions à d’autres femmes. Pourquoi ne le fait-elle pas ? Parce que son homosexualité est inconsciente ; et parce que son homosexualité est refoulée des zones conscientes du cerveau, en fonction de la moralité de cette épouse. D’ailleurs, n’accuse-t-elle pas son mari de débauches » vicieuses « et d’ » orgies honteuses «, qui traduisent moralement les tendances qu’elle sent au fond d’elle-même ?
    Mais, de toute façon, refoulées ou non, ces pulsions inconscientes font leur travail !
    Que se passe-t-il alors ?
    1) Cette épouse désire inconsciemment faire des propositions aux femmes.
    2) Elle ne peut pas et est incapable de le faire.
    3) Qui fait, en général, des propositions aux femmes ? L’homme, c’est à dire son mari.
    4) A ce moment, cette épouse projette ses propres tendances sur son mari ; elle devient son mari et est convaincue qu’il fait les propositions qu’elle désire faire elle-même.
    5) Elle est jalouse de son mari, à la place duquel elle voudrait être, tout d’abord. Ensuite, si elle tient à son mari, ce sont, en plus, des scènes terribles de jalousie, pour un mécanisme qui semble » imaginaire «, mais qui dépend de puissantes tendances inconscientes…
    Dans ce cas précis, il y a donc deux martyrs : le mari qui subit les crises de son épouse ; et l’épouse, sans cesse tiraillée par un violent conflit intérieur entre :
    a) ses tendances homosexuelles inconscientes ;
    b) ce qu’elle croit être extérieurement : une femme normalement sexuelle…

    Le cas inverse joue également. C’est alors l’époux paranoïaque, homosexuel inconscient, qui projette ses tendances sur sa femme. Il devient sa femme, à laquelle les hommes (croît-il) font des propositions, qu’il voudrait inconsciemment se voir faire à lui-même.
    Nous voyons donc bien que la jalousie peut revêtir divers manteaux. La simple jalousie ne doit pas être considérée comme nettement anormale. Par exemple, la jalousie de l’enfant ne deviendra anormale que si elle se prolonge, ou amène une régression affective. Quant à la jalousie adulte, elle est pratiquement toujours anormale. Elle est alors le symptôme d’un état affectif déficient, qui dépend d’un traitement psychologique en profondeur.

    Le dévouement autoritaire

    »… Je n’ai plus mes parents, dit Paul. Je vis avec ma grand-mère depuis dix ans… Je ne sais pas si je l’aime ou si je la déteste ; les deux probablement… Ma grand-mère est dévouée ; oh ! cela, oui ! … Beaucoup trop d’ailleurs… Elle m’impose toujours ce qu’elle croit être bon pour moi… même si cela ne correspond pas du tout à ce que je désire. Mon goût personnel ou mon avis ? Elle ne les écoute même pas ; elle s’épuise à faire la cuisine… je dois manger chaque jour de la viande rouge, parce que c’est bon, de la viande rouge… ; c’est très fort, de la viande rouge… or, je déteste la viande rouge et je le lui ai dit des milliards de fois ; mais il n’y a rien à faire : tous les jours c’est de la viande rouge. Et pour tout c’est la même chose ; elle m’impose son dévouement, elle m’impose son aide et je suis obligé de tout avaler sous peine de reproches et de bouderies ; elle est autour de moi comme une mouche bourdonnante ; si j’essaye de lui faire comprendre que mon goût compte aussi, c’est comme si je parlais à une porte. Cela me fatigue au dernier degré. Combien de fois n’ai-je pas dû vomir mon dîner, tellement j’étais crispé et révolté ? … Mais, parfois, ma colère intérieure éclate et je deviens terriblement brutal, puisqu’une explication est absolument inutile ; elle ne comprend pas que je puisse, moi, avoir un désir personnel, sans doute ? … alors, tout saute, comme une chaudière sous pression ; je fais une colère épouvantable qui la laisse pantelante comme une martyre incomprise… mais ensuite j’ai un remords intense, pendant des jours, et je ne sais que faire pour être pardonné ; je joue au petit garçon, je la flatte… Cela fait trois ans que j’essaie de lui payer ma pension ; c’est normal ? … Je travaille, et cela me donnerait la sensation d’être un homme indépendant… Elle a toujours refusé, et elle boude si j’insiste. Là encore elle m’impose son dévouement et son aide ! Au fond, elle désire que je reste bien soumis. Si je veux devenir un homme, je dois la quitter ; mais je ne parviens pas à m’y résoudre… quel drame cela va faire ! Elle ne se rend pas compte du mal qu’elle me fait en croyant me donner tout le bien du monde… «

    Il s’agit donc, ici encore, d’un autoritarisme caché. Ces personnes ne se dévouent pas ; elles imposent leur dévouement, en n’importe quelle circonstance. Elles ont la manie de forcer doucement à accepter les cadeaux, à accepter qu’elles fassent tout entièrement seules. Elles donnent l’impression qu’autrui est absolument incapable de faire quoi que ce soit de réussi ! De plus, elles éprouvent le besoin de s’acquérir de la reconnaissance, qui renforce leur sécurité intérieure. Extérieurement, elles semblent parfaitement bonnes… mais elles désirent qu’on le sache et qu’on le dise. On comprend que la crispation et l’épuisement apparaissent chez les cohabitants, avec toutes les conséquences possibles : timidité, infériorité, dévirilisation, échecs, névrose, ulcères d’estomac, etc. Je reparlerai de tout cela.

    Comment les mangeurs d’énergie conduisent leurs proches à l’épuisement et à la névrose ?

    Il est fatal que les autoritaristes (avec ou sans masque) aient une répercussion profonde sur l’entourage immédiat. La réaction des proches ? Elle est avant tout émotive en profondeur. Quelles réactions voulez-vous avoir devant une personne qui est un véritable » mur « ? Devant une personne imposant tout, surveillant tout, atteinte de dévouement et de bonté maniaques ? Apparaissent alors révoltes émotives, louvoiements, trac, crispation, mensonges apeurés, rages intérieures, colères refoulées, remords, culpabilité, infériorité… Et, à travers tout cela, il s’agit d’essayer de sauver sa propre personnalité ! … C’est tout le mécanisme de l’émotion sans décharge qui se dclenche, comme une sorte de cancer moral sourd. Et nous verrons en Médecine Psychosomatique les répercussions physiques et psychologiques de l’émotion.
    Ainsi, j’entends souvent : »… c’est un poids journalier terrible… il est impossible d’expliquer cela point par point… ce sont des bouffées qui me montent à la tête, des crispations d’estomac, des nausées… je ne sais jamais ce qu’il faut faire pour la (ou le) contenter… je préférerais des centaines d’actions bien nettes à ces milliers de petites actions dont on ne connaît jamais le résultat… je suis toujours en état d’alerte… elle (ou il) me tue sans le savoir, avec la meilleur volonté du monde… comment voulez-vous que je sois un homme, dans ces conditions ? … je dois lutter férocement pour pouvoir agir seul… «
    On voit donc que la » digestion « de multiples sentiments contradictoires devient difficile ou impossible. L’épuisement apparaît, la conscience n’opère plus la synthèse. Comment un adolescent, cohabitant avec un autoritariste, pourrait-il assimiler et fondre des sentiments totalement opposés ? Amour maintenant, révolte ou haine refoulées tantôt… ? Comment son affectivité ne déraillerait-elle pas, en étant tiraillée de part et d’autre durant si longtemps ? Pourrait-il conserver sa personnalité intacte, alors qu’on y creuse galeries sur galeries, qu’on la sape, qu’on la fait sauter éclat par éclat ?
    Le Moi, face à la personne épuisante, devient divisé, dispersé, encombré de » satellites «. On est effrayé en songeant au nombre incalculable de maladies psychologiques, d’éducations manquées, d’homosexualités, d’échecs absolus, dus à l’autoritarisme sous toutes ses formes… Et le psychologue est là, qui en connaît les résultats fréquents !

    L’hystérie

    Nous avons connu Janet, directeur d’un laboratoire de psychologie pathologique. L’hystérie était alors la » reine du jour «. Quelle est cette insaisissable maladie ? …
    L’hystérie est une maladie trépidante, du moins en général. Elle n’est cependant pas un produit de notre siècle agité ! Durant des centaines d’années, elle a tenu médecins et psychiatres dans un climat de cauchemar et d’impuissance… Quand l’hystérie ne produisait pas des convulsions, elle provoquait de violents maux de tête. Quand les convulsions disparaissaient, des vomissements apparaissaient. Puis des paralysies. Ou la personne hystérique se retrouvait brusquement aveugle, sans aucune cause organique. Et quand la cécité passait, la surdité montrait le bout de l’oreille, si je puis dire. L’hystérie produisait également des obsessions, des crises, des idées fixes, des douleurs et des spasmes parfois atroces.
    On comprend que le nombre et la variété des symptômes plongeaient les médecins dans la terreur.
    Evidemment, chacun avait son opinion. Une opinion souvent définitive, comme il se doit. » C’est une hystérique «… est bien vite dit. Une crise de nerfs ? On collait l’étiquette. Une femme hyper-sexuelle ? On agissait de même. C’était évidemment bien facile, mais on était loin de la vérité.
    Beaucoup croient qu’il s’agit d’une maladie purement féminine. Son nom vient d’ailleurs de cette croyance ancienne à un dérèglement de la matrice (hustera = matrice) . Mais, là aussi, on est à côté de la question.
    Sachons en premier lieu :
    a) que l’hystérie peut être aussi bien masculine que féminine.
    b) qu’il n’y a pas une hystérie, mais toute une série de phénomènes hystériques. Ces phénomènes sont bénins et passagers, ou congénitaux et permanents.
    Quel est l’âge civil de l’hystérie ?

    Sans âge… Elle remonte dans la nuit des temps. L’Antiquité la connaissait fort bien. Mais (vanité masculine ou ignorance… ) , elle en accorda courtoisement l’exclusivité à la femme. Plus tard, (il fallait bien un coupable ! ) , on crut que Lucifer lui-même tempêtait dans le corps de l’hystérique. Les exorcismes ne tardèrent pas à pleuvoir sur ces » maudites «, en proie aux griffes d’un diable velu… Bien, bien… mais le temps passait. Au XIXème siècle, les neurologues se penchèrent sur ce problème compliqué. Science en main. Cela n’expliqua pas grand chose au début, mais le climat changeait. Le diable entrait dans les coulisses, les neurologues en sortaient ; mais l’hystérique demeurait en scène, dans l’insaisissable de ses multiples visages… Cependant, la science se rendait compte, peu à peu, que les hystériques n’étaient ni simulateurs conscients, ni maudits, mais des malades comme d’autres malades !
    La curiosité de la médecine est infinie. L’immense clavier des manifestations hystériques se déployait devant elle… Mais le mystère demeurait. Lasègue ne l’appelait-il pas : » la corbeille à papier où l’on met tout ce qui est inclassable… « ?
    Le XXème siècle déboucha à son tour ; et, avec lui, les Psychologues des Profondeurs. De plus, la tendance psychosomatique de la médecine se précisa. Et alors, tout se mit à changer. L’hystérie fut ramenée, de plus en plus, à des proportions exactes.
    Charcot avait montré que les phénomènes hystériques pouvaient être produits à volonté par l’hypnotisme. Et que l’hypnotisme pouvait également les faire disparaître. Or, qui dit hypnotisme, dit suggestion puissante, acceptée immédiatement par les centres nerveux inconscients.
    Janet constata également la ressemblance frappante entre les manifestations hypnotiques et les phénomènes hystériques. Et il pensa que les hystériques s’étaient mis en tête qu’ils étaient paralysés, ou aveugles. Qu’ils avaient donc, dans le cerveau, une idée fixe, à la suite d’une autosuggestion irrésistible. Mais, d’où venait l’idée fixe chez les hystériques ? … qu’est-ce qui faisait que le cerveau hystérique avait » la puissance « nécessaire pour faire apparaître une paralysie, une obsession ou un mutisme ? De mieux en mieux on vit la force de la suggestion et de l’autosuggestion dans ces manifestations hystériques. On en comprit le mécanisme nerveux. La psychologie chercha les bases profondes. Et aujourd’hui, les manifestations hystériques sont curables, comme toute déficience psychologique.
    Quelles sont les grandes manifestations hystériques ?
    1 - Les crises : agitation totalement incohérente, sans toute fois morsure de la langue. Pas de perte d’urine (comme dans l’épilepsie) . Flux abondant de paroles, torrent de pleurs et de rires. Lamentations, parfois hurlantes. Invectives. La conscience demeure active et l’esprit en alerte. S’il y a chute, l’hystérique choisit l’endroit, et ne se blesse pratiquement jamais (ce qui a donc fait croire à la simulation totale… ) .
    2 - Les paralysies : Elles sont fréquentes dans l’hystérie. Soit :
    a) Monoplégie = paralysie d’un seul membre.
    b) Hémiplégie = paralysie frappant la moitié du corps.
    c) Paraplégie = paralysie des deux membres inférieurs ou supérieurs, ou des deux à la fois.
    3 - La cécité et le mutisme : Sans base organique (souvenons-nous de la jeune femme soignée par Mesmer, et aveugle depuis l’âge de trois ans) .
    4 - Les spasmes et les contractures : Ils amènent des pseudo-méningites, des pseudo-appendicites, parfois des pseudo-grossesses, etc… La sensation consciente peut être coupée. Certains hystériques iront jusqu’à se brûler atrocement ou se mutiler sans ressentir la moindre douleur. Or, nous savons également que, par hypnotisme, il est possible d’opérer sans douleur ; c’est à dire d’insensibiliser (par suggestion) certaines parties du corps. Il y a donc, ici, également, un rapport étroit. Et une question se pose : pourquoi la douleur existante (brûlure, scalpel) n’est-elle pas ressentie consciemment par le cerveau du sujet hystérique, ou hypnotisé ? Il y aurait donc, dans ces deux cas, un sommeil du cerveau conscient ; soit spontané comme dans l’hystérie, soit provoqué comme dans l’hypnotisme.
    Nous devons ici nous rappeler ceci : l’idée fixe provoque le sommeil des parties du cerveau ne correspondant pas à cette idée. Ces parties inhibées du cerveau sont donc indiquées pour ne pas rendre consciente une douleur…
    Le sujet hystérique peut être frappé de perte de mémoire, et se retrouver loin de l’endroit qu’il habitait. Nous tombons ici dans deux cas étranges qui se prolongent l’un l’autre : le somnambulisme et le dédoublement de la personnalité.
    5 - Le somnambulisme : Il est l’un des phénomènes les plus intéressants de l’hystérie. Que se passe-t-il dans le somnambulisme ? Il s’agit d’une véritable action ; mais cette action est inconsciente. Le sujet est éveillé pour une seule chose : son rêve intérieur. Il se lève, marche, boit, mange, se livre à des actes variés. Il vit réellement son rêve, et suit aveuglément les ordres donnés par ce rêve. Il est à remarquer que le somnambule pur n’a pas de véritable conscience : donc, il n’a aucune peur. Ce qui explique que le somnambule peut, sans aucune crainte, accomplir des actions qui lui seraient dangereuses à l’état normal. Revenu à la conscience, il ne garde souvent aucun souvenir de ses activités anormales.
    Mais les activités inconscientes peuvent se prolonger. Nous arrivons alors au dédoublement de la personnalité. Dans ce cas, le sujet vit sur deux » moi «, ayant chacun leur vie propre ! Le premier est sous le contrôle de la conscience normale, commandée par son écorce cérébrale ; le second est dirigé par un » moi « inconscient, se trouvant dans des centres nerveux de la vie inconsciente, avec ses habitudes, ses instincts, etc.
    Il nous faudra attendre l’étude de la psychosomatique pour le comprendre mieux. Tout se passe, en effet, comme si le » dédoublé « possédait deux cerveaux n’ayant aucun rapport entre eux… Dans le dédoublement de la personnalité, qui peut durer de longues années, le sujet travaille, crée, a une vie sentimentale et professionnelle, dont le caractère anormal échapperait à un observateur non averti ! J’en reparlerai bientôt.
    La caractéristique primordiale de l’hystérique est la facilité d’accepter la suggestion. Il semble donc bien qu’il y ait chez lui un mauvais fonctionnement de l’écorce cérébrale, puisqu’il ne marque aucune volonté contrecarrant la suggestion. C’est pourquoi l’hystérie est une névrose tellement » contagieuse « ! Il suffit de songer aux mouvements de foules, à certains déchaînements de jeunes gens écoutant certains artistes, et réagissant comme un seul homme à une émotion se répandant comme une traînée de poudre mentale, coupant ainsi toute volonté personnelle…
    Je dis immédiatement que le véritable hystérique est sincère, et sincèrement malade. Charcot a magnifiquement décrit les paroxysmes et les délires hystériques ; avec des imprécations, des cris, des insultes, des attitudes d’extase (avec parfois de bizarres éruptions de la peau) , des propos érotiques, etc.
    Les manifestations hystériques sont les symptômes d’un déséquilibre affectif très profond.

    Comment soigne-ton l’hystérie ?

    Devant elle, la médecine proprement dite s’arrache les cheveux. On jurerait que l’hystérique saute d’un symptôme à l’autre pour dérouter et décourager la science de guérison… Que voulez-vous faire si un hystérique est paralysé sans être paralysé, ou sourd sans être sourd, ou aveugle sans être aveugle ? Et s’il est constaté qu’aucune base organique visible ne permet ces manifestations qui, dans trois jours auront peut-être disparu pour faire place à d’autres ? Or, je répète que, sous hypnose, des manifestations hystériques peuvent être déclenchées facilement par suggestion. L’hystérie est peut-être la maladie dans laquelle la personne subit, le plus et le mieux, la suggestion. D’autre part, les manifestations hystériques ne se déroulent pas dans le silence : l’hystérique ne se cache pas, mais impose (consciemment ou non) ses symptômes à l’attention de son entourage (ce qui a fait croire, en plus, à la comédie pure et simple) .
    Donc, il y a derrière tout cela un sens à découvrir. Il y a une signification dont il faut trouver les mobiles essentiels. Si l’on veut, l’hystérique semble être un » simulateur de bonne foi «, appuyé sur un désordre mental, qu’il faut étudier et guérir comme tel.
    Etant donné le nombre des symptômes et des manifestations, beaucoup d’auteurs ont proposé de rayer du dictionnaire le mot » Hystérie « et de ne considérer que des » manifestations hystériques «.
    Il est certain que toutes ces manifestations, si elles offrent des points communs, peuvent avoir des bases individuelles totalement différentes ! Même si les symptômes sont identiques, une hystérie de vieillard n’a rien de commun, à la base, avec une cécité hystérique déclenchée par un choc de guerre ! Cependant, les symptômes peuvent être confondus…

    Si une crise d’hystérie se déclenche, que faut-il faire ?

    J’entends une crise, en dehors de la présence d’un médecin. La première conséquence d’une crise hystérique est l’affolement de l’entourage. Or, que fera le praticien, dès son arrivée ? Il fera le vide autour du malade, qui continue à se débattre quelque temps ; mais, très souvent, l’impassibilité du médecin arrête la crise. Pourquoi ? Parce que l’entourage, affolé, renforce l’autosuggestion du malade.
    Autres moyens immédiats : flagellation à l’eau, gifles, compressions des globes oculaires. Mais il va de soi que ces méthodes sont rigoureusement superficielles, et ne visent qu’à l’arrêt de la crise ! _ Les manifestations hystériques sont des symptômes. Elles ne sont pas la maladie. Celle-ci se trouve beaucoup plus en profondeur, et c’est cette profondeur qu’il faut atteindre et soigner.
    Comment ? Détecter l’origine et les mobiles, souvent très cachés. Trouver les conflits affectifs, au moyen de la psychologie.

    Les phénomènes de conversion

    La Conversion est un mécanisme courant ; certains conflits affectifs s’extériorisent par le corps. Les conflits psychologiques se » convertissent « en maladies physiques. J’en reparlerai.
    Prenons le cas classique d’une colère. La décharge immédiate de la colère sera : insultes, flux de paroles, gestes violents, coups de poings, etc.
    Mais elle peut présenter une conversion : le bégaiement. Il y a, dans ce cas, une conversion dans les organes du larynx. La conversion peut être plus forte, et se placer dans les organes servant aux manifestations de la colère : le sujet devient aphone ou paralysé. (Manifestations hystériques. )
    Chacun sait aussi que certains ulcères d’estomac sont la conversion physique de conflits affectifs. La conversion est donc un phénomène prodigieusement intéressant, et se présente très fréquemment… La médecine psychosomatique éclairera tout cela de façon intéressante.
    Les phénomènes de conversion peuvent être très variés. Il est donc normal que la disparition d’un symptôme permette l’apparition d’un autre, comme dans l’hystérie. Mais n’en concluons pas que tout phénomène de conversion soit hystérique ! A ce compte, toute personne (par exemple) souffrant d’un ulcère à base psychologique serait hystérique… ce qui est absurde.
    Dans l’hystérie, tout se passe comme si la maladie psychologique devait s’extérioriser corporellement, d’une façon ou d’une autre. On voit donc le danger : le symptôme corporel hystérique est une décharge nécessaire. Nous savons qu’une colère » rentrée « est plus nocive qu’une colère se déchargeant musculairement ou verbalement. Si l’on pousse cela à fond, on constate que la guérison pure et simple d’une » conversion « hystérique puisse être dangereuse… comme si l’on bloquait une soupape sur une chaudière en ébullition. L’impossibilité de la décharge affective a même conduit certains sujets au suicide.
    Dans l’hystérie, il sera donc indispensable de chercher la cause profonde, et de pousser à fond l’examen mental. Et cela, avant toute chose. Chaque cas d’hystérie est donc sujet à un traitement différent. Mais, de toute façon, ce traitement devra toujours se faire en profondeur. Et cela, au moyen des techniques médicales et psychologiques appropriées.
    N’oublions donc pas que l’hystérie présente donc toute une gamme d’états. Et il faut noter pour terminer, qu’une personne à tempérament hystérique peut vivre toute sa vie sans manifestations exagérées. Son tempérament échappera donc toujours à l’observation non avertie. Ce sera alors une personne mentalement fragile, excessivement suggestionnable, et chez laquelle une vie calme et sans émotions-chocs ne fera jamais apparaître de symptôme très anormal…

    Sommes-nous tous, peu ou prou, le docteur Jekyll et Mister Hyde ?

    En d’autres termes, avons-nous plusieurs personnalités ? L’une de ces personnalités peut-elle prendre le pas sur l’autre ? Avons-nous plusieurs » Moi « ?
    Les cas assez stupéfiants de dédoublement de la personnalité ne sont, ni imagination, ni fiction, mais pure objectivité médicale ; exploitée d’ailleurs (souvent très mal) par la littérature et le cinéma.
    Rappelons-nous que la Conscience est une sorte de réservoir, brassant et malaxant tous les évènements de la vie, pour en tirer une sensation unique, une synthèse. Si l’on veut, la vie précipite dans ce réservoir des pommes, des poires et des raisins. Mais le jus récolté n’est ni jus de pommes, ni de poires, ni de raisins. C’est un jus nouveau, bien homogène et agréable au goût.
    Telle doit être la conscience de l’homme : homogène et agréable.
    En sèche définition scientifique : la conscience est la synthèse qu’un individu réalise en un instant donné, de ses activités perceptrices, motrices et psychiques, et qui, abolissant leurs aspects élémentaires, les dépasse et les intègre en un comportement doué d’une structure originale (Sutter) . Nous rejoignons donc la conception de Janet.
    Nous avons vu ceci : un évènement non intégré dans la masse de la conscience, devient semblable à un satellite travaillant en dehors de cette masse. Cet évènement, non digéré, va tirailler l’homme soumis à ce manque d’unité.
    Ce cas se représente dans tous les Complexes, par exemple. Le Complexe est comme ce satellite ; il agit pour son propre compte, sans que la conscience puisse l’absorber dans sa masse. Or, l’homme voit souvent les symptômes du complexe, mais rarement le complexe lui-même. A ce moment, il a déjà, en petit, une personnalité double : son » Moi « proprement dit et le » moi « de son complexe. Il y a en lui quelque chose qui le fait agir malgré lui.
    Qu’arriverait-il donc si un fragment-satellite, isolé mais puissant, devenait prédominant ? Qu’arriverait-il si ce fragment prédominant devenait conscience principale, abolissant la conscience initiale ?
    Mais écoutez plutôt…

    Un cas étrange

    Brusquement, sans aucun signe préparatoire, une jeune fille s’endort profondément. Sommeil bizarre, plus prolongé que le sommeil normal… Puis, la jeune fille se réveille. Et l’on constate que tout ce qui constituait sa personnalité n’existe plus. Ses connaissances ont disparu, son cerveau est vide. Elle est un personnage nouveau, qui vient de naître, vierge et ignorant. De plus, Elle a totalement oublié sa personnalité précédente et tout ce qui s’y attache.
    On fut donc obligé de tout lui réapprendre ; à connaître les objets, à lire et à écrire. Elle apprit vite. Et quand tout cela fut fait… la jeune fille s’endormit à nouveau, de ce même sommeil étrange et prolongé. Puis, elle s’éveilla… mais dans sa première personnalité, et avec oubli total de la période située entre les deux sommeils.
    Cela dura quatre ans. Avec les mêmes alternances de sommeil et de personnalités. Dans chaque personnalité, rien, de l’autre personnalité, ne subsistait ; pas même un souvenir… Et pourtant, dans chacun de ces cas, elle agissait, lisait, étudiait, travaillait, pensait ! Supposons un instant qu’elle ait accompli un acte répréhensible, avant de s’endormir pour se réveiller dans l’autre état… Quelle serait sa responsabilité ? Que ferait la Justice humaine ? Comment pourrait-on l’interroger, puisque son nouveau » Moi « ne se souvient pas du » Moi « précédent ?

    Quand la personnalité se lézarde…

    Une jeune fille, arrivée à l’âge de dix-huit ans, présente des moments d’absence, suivis de surdité et de cécité. Una attaque de sommeil apparaît, et la jeune fille s’éveille ensuite, avec perte totale de la mémoire. Ici, également, sa personnalité première avait disparu… On dut aussi lui apprendre à lire et à écrire. On constata que sa deuxième personnalité était totalement différente de la première. Autant sa personnalité numéro 1 était triste et déprimée, autant la numéro 2 était gaie, joyeuse, insouciante. Et dans ce deuxième état, rien ni quiconque ne pouvait l’empêcher de faire ses quatre volontés…
    Puis elle eut un nouveau sommeil, et s’éveilla dans sa personnalité numéro 1, avec ses premières connaissances, et oubli de la personnalité numéro 2.
    Et cela recommença. Elle se réveilla dans la personnalité numéro 2, dont elle se souvenait, mais ayant oublié, à nouveau, sa personnalité numéro 1.
    Et, arrivée à l’âge de trente-six ans, elle demeura jusqu’à sa mort dans son état second…

    Ces cas sont assez rares, et plongent les hommes dans la stupéfaction. Ainsi donc, cette fameuse Personnalité Humaine, ce bloc que l’on croit solide, peut se briser ? Et chacun des morceaux peut agir, en ignorant ce que faisait l’autre morceau ?
    Ces cas extrêmes sont, ici également, une exagération du normal et du courant. Il est certain que la plupart des gens possèdent, en dehors de leur masse de conscience, des » satellites « non-intégrés, qui réapparaissent suivant les circonstances. L’analyse psychologique, l’hypnose, la narco-analyse permettent d’ailleurs de déceler leur présence. Nous verrons cela en parlant de l’Inconscient.
    Exemple courant : Un timide. Dans la solitude, il vit harmonieusement sur sa masse principale de conscience. Il intègre les circonstances dans ce réservoir général. Mais le voici en public : à ce moment, l’émotivité tourne l’interrupteur, et le met en contact avec ses » satellites « (peurs, infériorisations, complexes, etc. ) Que se passe-t-il ? Les » satellites « mentaux travaillent pour leur compte, et assimilent les circonstances s’y rapportant. C’est donc un très minime dédoublement de la personnalité.
    Autre exemple : Une personne vivant dans l’obsession des microbes, surtout avant de se coucher. Toute la journée, elle vit sur sa masse principale de conscience, et tout va bien. Arrive le soir. ET voici que son » satellite « mental l’oblige à se désinfecter dix fois les mains. Il y a donc en elle quelque chose de puissant qui l’oblige à agir.
    Je répète donc que, si le fragment séparé du » Moi " est très puissant, il peut annihiler la personnalité primitive (comme dans le dédoublement de la personnalité) , ou la diminuer (comme dans le trac, les complexes, les obsessions, les idées fixes… ) .
    Si la masse principale de conscience influence les sens, les fragments séparés le font également ! Le patient souffre alors d’hallucinations visuelles ou auditives. Il entend réellement des voix, il voit vraiment des choses. Il a l’impression que ces voix et ces visions viennent du dehors ; alors qu’elles sont produites sous l’influence de son fragment séparé de la conscience principale : donc cela ne vient pas de l’extérieur, mais bel et bien de son intérieur sensitif et psychique. Ce mécanisme peut produire certains cas d’apparitions, d’auditions de voix célestes, etc. L’interprétation extrême de l’Eglise catholique se trouve donc ici expliquée différemment par les faits scientifiques, (il suffit de rappeler les stigmates, interprétés religieusement par une intervention divine, et interprétés scientifiquement par des éruptions de la peau, que l’hystérie peut provoquer) .

Syllabation De L'Écrit

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Commentaire poème
02/02/2023Poeme-France
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