Poème:La Chapelle Abandonnée
A Propos du Poeme
Poème du cycle du Graal
Daniił Łaźko
Touapsé, le 31 août 2026
Le Poème
Sous les grands hêtres noirs que nul n’a mesurés,
Le sentier disparaît sous les feuilles, les pierres ;
La brume tient les troncs dans des linceuls usés,
Et l’ombre a la douceur des anciennes prières.
Rien ne bouge, sinon la lente eau des ravins
Qui descend dans la nuit vers le creux des collines ;
Nul pas d’homme n’a mis son ombre en ces chemins
Depuis que nul clocher n’y sonne les matines.
II — LE SEUIL
Il vit d’abord la pierre, et l’arcade, et le mur ;
Puis, sous le lierre épais, une abside couverte ;
Il ne descendit pas ; le ciel était obscur,
Et son cheval brouta longtemps l’herbe déserte.
Le vieux chevalier mit pied à terre, sans bruit,
Et poussa lentement la porte entrebâillée,
Qui gémit, puis s’ouvrit sur l’ombre et sur la nuit ;
Et son pas éveilla la poussière oubliée.
III — LES VESTIGES
L’étroite nef gardait une odeur de tombeau ;
Des ronces jusqu’au chœur avaient poussé sans maître ;
Et le vent, par la brèche, agitait un lambeau
De toile ou de bannière au bord de la fenêtre.
Au mur du nord, la fresque ancienne offrait le trait
D’un calice tenu par des mains sans visage ;
L’or s’en était allé ; le bleu même mourait
Sous la lente montée de l’humide et de l’âge.
IV — LA MÉMOIRE
Une pierre du sol portait un nom gravé,
Trois lettres, puis le vide, et la mousse, et l’entaille
D’un fer qui renonça, tremblant, inachevé,
Comme un pas arrêté sur le bord d’une faille.
Quelqu’un donc était là, longtemps auparavant,
Qui cherchait, comme lui, l’introuvable fontaine ;
Quelqu’un qui s’en alla, ou mourut en rêvant ;
Et nul ne saura plus le nom de cette peine.
V — L’ÉPREUVE
Alors il se surprit à désirer encor
Ce qu’il avait juré de ne plus jamais prendre :
Une coupe, un signal, une preuve, un trésor,
Quelque chose à garder, à montrer, à défendre.
Il revit un verger, un puits, et un fossé,
Un homme à deux genoux, qui n’avait pas ses armes,
Et sa gloire debout, et le fer abaissé ;
Et le sang de cette heure a passé dans ses larmes.
VI — LE SILENCE
Il attendit. Le soir s’épaissit sur les murs ;
Aucun ange n’ouvrit la nuit de sa présence ;
Et pourtant il sentait, près des vitraux obscurs,
Que l’ombre autour de lui respirait en silence.
L’épreuve était en lui, non dans la nef, ce soir :
Qui donc se tait ainsi, sinon Dieu, dans la pierre ?
Il fallait donc apprendre à ne plus rien vouloir,
À recevoir sans mains, à prier sans lumière.
VII — LA LUMIÈRE
Or, vers la fin des nuits, une aube se leva ;
Par la vitre brisée une clarté d’opale
Descendit, hésita, puis lentement toucha
La poussière, l’autel, et la croix, et la dalle,
Puis glissa sur ses mains, et monta vers son front ;
La clarté ne chassa ni le froid ni les ombres ;
Elle ne lava pas la faute ni l’affront ;
Elle passa sur lui comme sur les décombres.
VIII — LE DÉPART
Il sortit. La forêt fumait dans le matin ;
Sans coupe, sans relique, et sans une réponse,
Il descendit la pente, et gagna le lointain,
Et derrière ses pas se refermait la ronce.
Rien ne fut révélé, rien ne fut accompli ;
Mais sa main s’ouvrait seule, et restait étonnée ;
Et là-bas, sans témoin, sur l’autel démoli,
La lumière veillait la nef abandonnée.
Touapsé, le 31 août 2026
PostScriptum
ANALYSE LITTÉRAIRE
I. Un poème de la privation
« La chapelle abandonnée » se construit tout entière sur ce qui n’arrive pas. Une lecture pressée y verrait le récit d’une découverte : un chevalier vieilli trouve, au fond d’une forêt de montagne, une chapelle romane que les hommes ont quittée depuis plusieurs générations. Mais l’événement que le genre promet n’a pas lieu. Aucune voix ne parle, aucun ange ne se montre, rien n’est emporté. Le poème compte presque autant de négations que d’images : nul clocher, nul pas d’homme, aucun ange, elle ne lava pas, rien ne fut révélé, rien ne fut accompli. Cette syntaxe de la privation n’est pas un procédé de retardement ; elle est le sujet même. L’épreuve du chevalier consiste à demeurer devant un silence qui ne cède pas, puis à cesser d’exiger qu’il cède.
De là vient la formule centrale du poème, énoncée sans emphase au milieu du sixième mouvement : il fallait donc apprendre à ne plus rien vouloir, à recevoir sans mains, à prier sans lumière. Trois privations, dont la dernière est la plus dure, puisqu’elle retire à la prière jusqu’à la consolation d’être éclairée.
II. La composition
Huit mouvements de deux quatrains composent une figure symétrique. La forêt du premier répond au départ du huitième, où la ronce se referme sur ce qu’elle avait entrouvert ; le seuil du deuxième répond à la lumière du septième, une porte que l’on pousse et une clarté qui entre par la même ouverture ; les vestiges du troisième répondent au silence du sixième. Restent au centre les deux mouvements de la mémoire et de l’épreuve, c’est-à-dire le souvenir d’un autre et le souvenir de soi.
Le lien entre ces deux mouvements centraux tient à un seul mot. Au quatrième, une inscription s’arrête au milieu d’un nom : d’un fer qui renonça, tremblant, inachevé. Au cinquième, la faute du chevalier tient dans un geste : et sa gloire debout, et le fer abaissé. Le même mot désigne l’outil du graveur et l’arme du soldat ; l’un a renoncé devant la pierre, l’autre s’est abaissé sur un homme sans armes. Deux ouvrages inachevés se font ainsi face au cœur du poème : une inscription et une vie.
III. Le vers
Le poème est écrit en seize quatrains d’alexandrins à rimes croisées, avec alternance régulière des rimes masculines et féminines. La césure tombe sans exception après la sixième syllabe, à la limite d’un mot ; l’élision par-dessus la coupe (basse | avait, fresque | ancienne, brisée | une) assouplit la marche sans la rompre. Les enjambements sont rares et la phrase coïncide presque toujours avec le vers, ce qui donne au poème son allure de procession.
Cette régularité rend sensible la seule rupture du texte. Le poème ne contient qu’une phrase interrogative, au sixième mouvement : Qui donc se tait ainsi, sinon Dieu, dans la pierre ? Elle est aussi le seul endroit où le nom de Dieu soit prononcé. La forme interrogative importe : la question ouvre la pensée sans conclure, et le poème peut nommer sans expliquer.
IV. Le motif de la main
Le trajet intérieur du personnage n’est jamais commenté ; il est porté par un seul motif corporel, qui traverse la seconde moitié du texte. La main paraît d’abord comme instrument de la faute : le fer abaissé. Elle devient ensuite l’objet d’un apprentissage : à recevoir sans mains. Au matin, la clarté la touche avant le visage : puis glissa sur ses mains, et monta vers son front. Enfin, au dernier quatrain, elle agit seule : mais sa main s’ouvrait seule, et restait étonnée.
La conversion du chevalier est donc dite par une paume qui s’ouvre, non par une déclaration. L’étonnement de la main indique que le mouvement échappe à la volonté : ce n’est pas l’homme qui s’ouvre, c’est sa main qui s’ouvre en lui, et il le constate comme on constate le temps qu’il fait.
V. Le Graal comme horizon
Le mot de Graal n’apparaît pas une seule fois. L’objet se présente sous trois espèces, chaque fois indirectes : un calice peint sur une fresque presque effacée, tenu par des mains sans visage ; une introuvable fontaine attribuée au chercheur qui a précédé ; enfin une coupe rangée dans une énumération d’objets de convoitise — une coupe, un signal, une preuve, un trésor. Peinture, rumeur, désir : le Graal n’est jamais donné comme chose.
Le poème énonce ainsi, sans le formuler, ce qui distingue la quête chrétienne du butin : ce qui manque ne manque pas parce qu’on l’a caché, mais parce qu’aucune main ne peut le tenir. Le chevalier n’est privé de rien qu’il eût pu recevoir autrement.
VI. Le prédécesseur
La trouvaille la plus grave du poème est un vide : trois lettres, puis le vide, et la mousse, et l’entaille. Un autre chercheur est passé ici, longtemps auparavant, et le témoignage qu’il laisse ne dit ni victoire ni défaite. Le vers qui le congédie refuse expressément de trancher : quelqu’un qui s’en alla, ou mourut en rêvant. La disjonction est décisive. Elle ôte à la quête tout précédent utilisable et interdit au lecteur de mesurer le chevalier à un modèle : nul ne saura plus le nom de cette peine.
VII. La nature et la faute
La forêt ne sert jamais de décor. Elle agit : la brume enveloppe les troncs de linceuls, la ronce pousse jusqu’au chœur, l’humide et l’âge effacent le bleu de la fresque, la ronce enfin se referme derrière le chevalier qui s’en va. Une lenteur végétale reprend la pierre comme le temps reprend les œuvres humaines, et cette lenteur est elle-même une pensée du poème sur la fragilité de tout ouvrage. Un détail plus modeste porte la même leçon : pendant que l’homme hésite au seuil, son cheval broute longtemps l’herbe déserte. Le monde continue, indifférent au drame intérieur.
La faute, quant à elle, n’est jamais qualifiée en termes moraux. Elle est donnée comme une scène brève et précise — un verger, un puits, un fossé, un homme à deux genoux — et comme un rapport de positions : et sa gloire debout, et le fer abaissé. La gloire chevaleresque se définit ici par la station verticale au-dessus d’un homme agenouillé. Le vers qui suit décrit la contrition sans employer le mot : et le sang de cette heure a passé dans ses larmes.
VIII. La lumière qui ne distingue personne
Le climax du poème est le refus du miracle. L’aube entre par la vitre brisée, descend, hésite, touche la poussière, l’autel, la croix, la dalle, puis l’homme. Et rien ne change de ce qui devait changer : la clarté ne chassa ni le froid ni les ombres ; elle ne lava pas la faute ni l’affront ; elle passa sur lui comme sur les décombres.
Ce dernier vers est le point d’équilibre du texte. La lumière n’élit pas le chevalier ; elle le traite comme elle traite la pierre tombée. C’est très exactement le contraire de l’illumination des romans de quête, où la clarté désigne l’élu. Ici la grâce se manifeste en ne faisant aucune différence, et c’est cette indifférence même qui devient une leçon d’humilité : le chevalier n’a plus de rang devant elle.
IX. La fin
Le poème se termine sur un bilan négatif et un legs. Rien ne fut révélé, rien ne fut accompli : la formule refuse jusqu’au bout la consolation narrative. Mais le dernier distique déplace le regard hors du personnage. Le chevalier descend la pente et gagne le lointain ; et là-bas, sans témoin, sur l’autel démoli, la lumière veillait la nef abandonnée.
La lumière ne suit donc pas l’homme : elle reste au lieu. Le poème n’accorde à son personnage aucune possession, pas même celle de la clarté qui l’a touché. La chapelle avait été abandonnée par les hommes ; le dernier vers établit qu’elle ne l’a jamais été par ce qui la veille. Le lecteur quitte le texte avec la persistance d’une lumière sans témoin, qui continue dans une nef vide, après le départ du seul homme qui aurait pu la voir.
Daniił Łaźko
Touapsé, le 31 août 2026
Poète Daniil Lazko
Daniil Lazko a publié sur le site 9 écrits. Daniil Lazko est membre du site depuis l'année 2026.Lire le profil du poète Daniil LazkoSyllabation De L'Écrit
Syllabes Hyphénique: La Chapelle Abandonnée
i=la=fo=rêt 4sous=les=grands=hê=tres=noirs=que=nul=na=me=su=rés 12
le=sen=tier=dis=pa=raît=sous=les=feu=illes=les=pierres 12
la=bru=me=tient=les=troncs=dans=des=lin=ceuls=u=sés 12
et=lombrea=la=dou=ceur=des=an=ci=en=nes=pri=ères 12
rien=ne=bouge=si=non=la=len=te=eau=des=ra=vins 12
qui=des=cend=dans=la=nuit=vers=le=creux=des=col=lines 12
nul=pas=dhomme=na=mis=son=om=bre=en=ces=che=mins 12
de=puis=que=nul=clo=cher=ny=son=ne=les=ma=tines 12
ii=le=seuil 3
il=vit=da=bord=la=pierre=et=lar=cade=et=le=mur 12
puis=sous=le=lierreé=pais=u=ne=ab=si=de=cou=verte 12
il=ne=des=cen=dit=pas=le=ciel=é=tait=obs=cur 12
et=son=che=val=brou=ta=long=temps=l=herbe=dé=serte 12
le=vieux=che=va=lier=mit=pied=à=ter=re=sans=bruit 12
et=pous=sa=len=te=ment=la=por=te=en=tre=bâillée 12
qui=gé=mit=puis=sou=vrit=sur=lombre=et=sur=la=nuit 12
et=son=pas=é=veilla=la=pous=siè=re=ou=bli=ée 12
iii=les=ves=ti=ges 5
lé=troi=te=nef=gar=dait=une=o=deur=de=tom=beau 12
des=ron=ces=jus=quau=chœur=a=vaient=pous=sé=sans=maître 12
et=le=vent=par=la=brèche=a=gi=tait=un=lam=beau 12
de=toileou=de=ban=niè=re=au=bord=de=la=fe=nêtre 12
au=mur=du=nord=la=fres=quean=ci=enneof=frait=le=trait 12
dun=ca=li=ce=te=nu=par=des=mains=sans=vi=sage 12
lor=sen=é=tait=al=lé=le=bleu=mê=me=mou=rait 12
sous=la=lente=mon=tée=de=lhu=mi=de=et=de=lâge 12
iv=la=mé=moi=re 5
u=ne=pier=re=du=sol=por=tait=un=nom=gra=vé 12
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comme=un=pas=ar=rê=té=sur=le=bord=du=ne=faille 12
quel=quun=donc=é=tait=là=long=temps=au=pa=ra=vant 12
qui=cher=chait=com=me=lui=lin=trou=va=ble=fon=taine 12
quel=quun=qui=sen=al=la=ou=mou=rut=en=rê=vant 12
et=nul=ne=sau=ra=plus=le=nom=de=cet=te=peine 12
v=lé=preu=ve 4
a=lors=il=se=sur=prit=à=dé=si=rer=en=cor 12
ce=quil=a=vait=ju=ré=de=ne=plus=ja=mais=prendre 12
une=coupe=un=si=gnal=u=ne=preu=ve=un=tré=sor 12
quel=que=chose=à=gar=der=à=mon=trer=à=dé=fendre 12
il=re=vit=un=ver=ger=un=puits=et=un=fos=sé 12
un=hommeà=deux=ge=noux=qui=na=vait=pas=ses=ar=mes 12
et=sa=gloi=re=de=bout=et=le=fer=a=bais=sé 12
et=le=sang=de=cette=heu=rea=pas=sé=dans=ses=larmes 12
vi=le=si=len=ce 5
il=at=ten=dit=le=soir=sé=pais=sit=sur=les=murs 12
au=cun=an=ge=nou=vrit=la=nuit=de=sa=pré=sence 12
et=pour=tant=il=sen=tait=près=des=vi=traux=obs=curs 12
que=lombre=au=tour=de=lui=res=pi=rait=en=si=lence 12
lé=preuve=é=tait=en=lui=non=dans=la=nef=ce=soir 12
qui=donc=se=tait=ain=si=si=non=dieu=dans=la=pierre 12
il=fal=lait=donc=ap=prendre=à=ne=plus=rien=vou=loir 12
à=re=ce=voir=sans=mains=à=prier=sans=lu=miè=re 12
vii=la=lu=mi=è=re 6
or=vers=la=fin=des=nuits=une=au=be=se=le=va 12
par=la=vi=tre=bri=sée=u=ne=clar=té=do=pale 12
des=cen=dit=hé=si=ta=puis=len=te=ment=tou=cha 12
la=pous=sière=lau=tel=et=la=croix=et=la=dal=le 12
puis=glis=sa=sur=ses=mains=et=mon=ta=vers=son=front 12
la=clar=té=ne=chas=sa=ni=le=froid=ni=les=ombres 12
el=le=ne=la=va=pas=la=fau=te=ni=laf=front 12
el=le=pas=sa=sur=lui=com=me=sur=les=dé=combres 12
viii=le=dé=part 4
il=sor=tit=la=fo=rêt=fu=mait=dans=le=ma=tin 12
sans=coupe=sans=re=li=que=et=sans=u=ne=ré=ponse 12
il=des=cen=dit=la=pente=et=ga=gna=le=loin=tain 12
et=der=riè=re=ses=pas=se=re=fer=mait=la=ronce 12
rien=ne=fut=ré=vé=lé=rien=ne=fut=ac=com=pli 12
mais=sa=main=sou=vrait=seule=et=res=tait=é=ton=née 12
et=là=bas=sans=té=moin=sur=lau=tel=dé=mo=li 12
la=lu=mi=è=re=veillait=la=nef=a=ban=don=née 12
tou=ap=sé=le=trenteet=un=a=oût=deux=mille=vingt=six 12
Phonétique : La Chapelle Abandonnée
i la fɔʁεsu lε ɡʁɑ̃z- εtʁə- nwaʁ kə nyl na məzyʁe,
lə sɑ̃tje dispaʁε su lε fœjə, lε pjeʁə,
la bʁymə tjɛ̃ lε tʁɔ̃k dɑ̃ dε lɛ̃səlz- yze,
e lɔ̃bʁə a la dusœʁ dεz- ɑ̃sjεnə pʁjεʁə.
ʁjɛ̃ nə buʒə, sinɔ̃ la lɑ̃tə o dε ʁavɛ̃
ki desɑ̃ dɑ̃ la nɥi vεʁ lə kʁø dε kɔlinə,
nyl pa dɔmə na mi sɔ̃n- ɔ̃bʁə ɑ̃ sε ʃəmɛ̃
dəpɥi kə nyl kloʃe ni sɔnə lε matinə.
ji lə səj
il vit dabɔʁ la pjeʁə, e laʁkadə, e lə myʁ,
pɥi, su lə ljeʁə epε, ynə absidə kuvεʁtə,
il nə desɑ̃di pa, lə sjεl etε ɔpskyʁ,
e sɔ̃ ʃəval bʁuta lɔ̃tɑ̃ lεʁbə dezεʁtə.
lə vjø ʃəvalje mit pje a teʁə, sɑ̃ bʁɥi,
e pusa lɑ̃təmɑ̃ la pɔʁtə ɑ̃tʁəbaje,
ki ʒemi, pɥi suvʁi syʁ lɔ̃bʁə e syʁ la nɥi,
e sɔ̃ pa evεja la pusjεʁə ublje.
jji lε vεstiʒə
letʁwatə nεf ɡaʁdε ynə ɔdœʁ də tɔ̃bo,
dε ʁɔ̃sə ʒysko ʃœʁ avε puse sɑ̃ mεtʁə,
e lə vɑ̃, paʁ la bʁεʃə, aʒitε œ̃ lɑ̃bo
də twalə u də banjεʁə o bɔʁ də la fənεtʁə.
o myʁ dy nɔʁ, la fʁεskə ɑ̃sjεnə ɔfʁε lə tʁε
dœ̃ kalisə təny paʁ dε mɛ̃ sɑ̃ vizaʒə,
lɔʁ sɑ̃n- etε ale, lə blø mεmə muʁε
su la lɑ̃tə mɔ̃te də lymidə e də laʒə.
iv la memwaʁə
ynə pjeʁə dy sɔl pɔʁtε œ̃ nɔ̃ ɡʁave,
tʁwa lεtʁə, pɥi lə vidə, e la musə, e lɑ̃tajə
dœ̃ fεʁ ki ʁənɔ̃sa, tʁɑ̃blɑ̃, inaʃəve,
kɔmə œ̃ pa aʁεte syʁ lə bɔʁ dynə fajə.
kεlkœ̃ dɔ̃k etε la, lɔ̃tɑ̃z- opaʁavɑ̃,
ki ʃεʁʃε, kɔmə lɥi, lɛ̃tʁuvablə fɔ̃tεnə,
kεlkœ̃ ki sɑ̃n- ala, u muʁy ɑ̃ ʁεvɑ̃,
e nyl nə soʁa plys lə nɔ̃ də sεtə pεnə.
ve lepʁəvə
alɔʁz- il sə syʁpʁi a deziʁe ɑ̃kɔʁ
sə kil avε ʒyʁe də nə plys ʒamε pʁɑ̃dʁə :
ynə kupə, œ̃ siɲal, ynə pʁəvə, œ̃ tʁezɔʁ,
kεlkə ʃozə a ɡaʁde, a mɔ̃tʁe, a defɑ̃dʁə.
il ʁəvi œ̃ vεʁʒe, œ̃ pɥi, e œ̃ fɔse,
œ̃n- ɔmə a dø ʒənu, ki navε pa sεz- aʁmə,
e sa ɡlwaʁə dəbu, e lə fεʁ abεse,
e lə sɑ̃ də sεtə œʁ a pase dɑ̃ sε laʁmə.
vi lə silɑ̃sə
il atɑ̃di. lə swaʁ sepεsi syʁ lε myʁ,
okœ̃ ɑ̃ʒə nuvʁi la nɥi də sa pʁezɑ̃sə,
e puʁtɑ̃ il sɑ̃tε, pʁε dε vitʁoz- ɔpskyʁ,
kə lɔ̃bʁə otuʁ də lɥi ʁεspiʁε ɑ̃ silɑ̃sə.
lepʁəvə etε ɑ̃ lɥi, nɔ̃ dɑ̃ la nεf, sə swaʁ :
ki dɔ̃k sə tε ɛ̃si, sinɔ̃ djø, dɑ̃ la pjeʁə ?
il falε dɔ̃k apʁɑ̃dʁə a nə plys ʁjɛ̃ vulwaʁ,
a ʁəsəvwaʁ sɑ̃ mɛ̃, a pʁje sɑ̃ lymjεʁə.
vji la lymjεʁə
ɔʁ, vεʁ la fɛ̃ dε nɥi, ynə obə sə ləva,
paʁ la vitʁə bʁize ynə klaʁte dɔpalə
desɑ̃di, ezita, pɥi lɑ̃təmɑ̃ tuʃa
la pusjεʁə, lotεl, e la kʁwa, e la dalə,
pɥi ɡlisa syʁ sε mɛ̃, e mɔ̃ta vεʁ sɔ̃ fʁɔ̃,
la klaʁte nə ʃasa ni lə fʁwa ni lεz- ɔ̃bʁə,
εllə nə lava pa la fotə ni lafʁɔ̃,
εllə pasa syʁ lɥi kɔmə syʁ lε dekɔ̃bʁə.
vjji lə depaʁ
il sɔʁti. la fɔʁε fymε dɑ̃ lə matɛ̃,
sɑ̃ kupə, sɑ̃ ʁəlikə, e sɑ̃z- ynə ʁepɔ̃sə,
il desɑ̃di la pɑ̃tə, e ɡaɲa lə lwɛ̃tɛ̃,
e dəʁjεʁə sε pa sə ʁəfεʁmε la ʁɔ̃sə.
ʁjɛ̃ nə fy ʁevele, ʁjɛ̃ nə fy akɔ̃pli,
mε sa mɛ̃ suvʁε sələ, e ʁεstε etɔne,
e la ba, sɑ̃ temwɛ̃, syʁ lotεl demɔli,
la lymjεʁə vεjε la nεf abɑ̃dɔne.
tuapse, lə tʁɑ̃tə e œ̃n- aut dø milə vɛ̃t- sis
Syllabes Phonétique : La Chapelle Abandonnée
i=la=fɔ=ʁε 4su=lε=ɡʁɑ̃=zε=tʁə=nwaʁ=kə=nyl=na=mə=zy=ʁe 12
lə=sɑ̃=tje=dis=pa=ʁε=su=lε=fœ=jə=lε=pjeʁə 12
la=bʁy=mə=tjɛ̃=lε=tʁɔ̃k=dɑ̃=dε=lɛ̃=səl=zy=ze 12
e=lɔ̃bʁə=a=la=du=sœʁ=dε=zɑ̃=sjε=nə=pʁi=jεʁ 12
ʁjɛ̃nə=bu=ʒə=si=nɔ̃=la=lɑ̃=tə=o=dε=ʁa=vɛ̃ 12
ki=de=sɑ̃=dɑ̃=la=nɥi=vεʁ=lə=kʁø=dε=kɔ=linə 12
nyl=pa=dɔmə=na=mi=sɔ̃=nɔ̃=bʁə=ɑ̃=sε=ʃə=mɛ̃ 12
dəp=ɥi=kə=nyl=klo=ʃe=ni=sɔ=nə=lε=ma=tinə 12
ji=lə=səj 3
il=vit=da=bɔʁ=la=pjeʁə=e=laʁ=kadə=e=lə=myʁ 12
pɥi=sulə=lje=ʁə=e=pε=y=nə=ab=si=də=kuvεʁtə 12
il=nə=de=sɑ̃=di=pa=lə=sjεl=e=tε=ɔp=skyʁ 12
e=sɔ̃=ʃə=val=bʁu=ta=lɔ̃=tɑ̃=lεʁ=bə=de=zεʁtə 12
lə=vjø=ʃə=va=lje=mit=pje=a=te=ʁə=sɑ̃=bʁɥi 12
e=pu=sa=lɑ̃tə=mɑ̃=la=pɔʁ=tə=ɑ̃=tʁə=ba=je 12
ki=ʒe=mi=pɥi=su=vʁi=syʁ=lɔ̃bʁə=e=syʁ=la=nɥi 12
e=sɔ̃=pa=e=vε=ja=la=pu=sjε=ʁə=u=blje 12
jj=i=lε=vεs=ti=ʒə 6
le=tʁwatə=nεf=ɡaʁ=dε=y=nə=ɔ=dœʁ=də=tɔ̃=bo 12
dε=ʁɔ̃=sə=ʒys=ko=ʃœʁ=a=vε=pu=se=sɑ̃=mεtʁə 12
e=lə=vɑ̃=paʁ=la=bʁεʃə=a=ʒi=tε=œ̃=lɑ̃=bo 12
də=twaləu=də=ba=njε=ʁə=o=bɔʁ=də=la=fə=nεtʁə 12
o=myʁ=dy=nɔʁ=la=fʁεskəɑ̃=sjε=nə=ɔ=fʁε=lə=tʁε 12
dœ̃=ka=li=sə=tə=ny=paʁ=dε=mɛ̃=sɑ̃=vi=zaʒə 12
lɔʁ=sɑ̃=ne=tε=a=le=lə=blø=mε=mə=mu=ʁε 12
su=la=lɑ̃tə=mɔ̃=te=də=ly=mi=də=e=də=laʒə 12
iv=la=me=mwa=ʁə 5
y=nə=pje=ʁə=dy=sɔl=pɔʁ=tε=œ̃=nɔ̃=ɡʁa=ve 12
tʁwalεtʁə=pɥi=lə=vi=də=e=la=mu=sə=e=lɑ̃=tajə 12
dœ̃=fεʁ=ki=ʁə=nɔ̃=sa=tʁɑ̃=blɑ̃=i=na=ʃə=ve 12
kɔmə=œ̃=pa=a=ʁε=te=syʁ=lə=bɔʁ=dy=nə=fajə 12
kεl=kœ̃=dɔ̃k=e=tε=la=lɔ̃=tɑ̃=zo=pa=ʁa=vɑ̃ 12
ki=ʃεʁ=ʃε=kɔ=mə=lɥi=lɛ̃=tʁu=va=blə=fɔ̃=tεnə 12
kεl=kœ̃=ki=sɑ̃=na=la=u=mu=ʁy=ɑ̃=ʁε=vɑ̃ 12
e=nyl=nə=so=ʁa=plys=lə=nɔ̃=də=sε=tə=pεnə 12
ve=le=pʁə=və 4
a=lɔʁ=zil=sə=syʁ=pʁi=a=de=zi=ʁe=ɑ̃=kɔʁ 12
sə=kil=a=vε=ʒy=ʁe=də=nə=plys=ʒa=mε=pʁɑ̃dʁə 12
ynə=kupə=œ̃=si=ɲal=y=nə=pʁə=və=œ̃=tʁe=zɔʁ 12
kεl=kə=ʃozə=a=ɡaʁ=de=a=mɔ̃=tʁe=a=de=fɑ̃dʁə 12
il=ʁə=vi=œ̃=vεʁ=ʒe=œ̃=pɥi=e=œ̃=fɔ=se 12
œ̃=nɔmə=a=dø=ʒə=nu=ki=na=vε=pa=sε=zaʁmə 12
e=sa=ɡlwa=ʁə=də=bu=e=lə=fεʁ=a=bε=se 12
e=lə=sɑ̃də=sε=tə=œʁ=a=pa=se=dɑ̃=sε=laʁmə 12
vi=lə=si=lɑ̃=sə 5
il=a=tɑ̃=di=lə=swaʁ=se=pε=si=syʁ=lε=myʁ 12
o=kœ̃=ɑ̃=ʒə=nu=vʁi=la=nɥi=də=sa=pʁe=zɑ̃sə 12
e=puʁ=tɑ̃=il=sɑ̃=tε=pʁε=dε=vi=tʁo=zɔp=skyʁ 12
kə=lɔ̃bʁə=o=tuʁ=də=lɥi=ʁεs=pi=ʁε=ɑ̃=si=lɑ̃sə 12
le=pʁə=vəe=tε=ɑ̃=lɥi=nɔ̃=dɑ̃=la=nεf=sə=swaʁ 12
ki=dɔ̃k=sə=tε=ɛ̃=si=si=nɔ̃=djø=dɑ̃=la=pjeʁə 12
il=fa=lε=dɔ̃k=a=pʁɑ̃dʁə=a=nə=plys=ʁjɛ̃=vu=lwaʁ 12
a=ʁə=sə=vwaʁ=sɑ̃=mɛ̃=a=pʁje=sɑ̃=ly=mjε=ʁə 12
vj=i=la=ly=mj=ε=ʁə 7
ɔʁ=vεʁ=la=fɛ̃=dε=nɥi=ynə=o=bə=sə=lə=va 12
paʁ=la=vi=tʁə=bʁi=ze=y=nə=klaʁ=te=dɔ=palə 12
de=sɑ̃=di=e=zi=ta=pɥi=lɑ̃=tə=mɑ̃=tu=ʃa 12
la=pu=sjε=ʁə=lo=tεl=e=la=kʁwa=e=la=dalə 12
pɥi=ɡli=sa=syʁ=sε=mɛ̃=e=mɔ̃=ta=vεʁ=sɔ̃=fʁɔ̃ 12
la=klaʁ=te=nə=ʃa=sa=ni=lə=fʁwa=ni=lε=zɔ̃bʁə 12
εl=lə=nə=la=va=pa=la=fo=tə=ni=la=fʁɔ̃ 12
εl=lə=pa=sa=syʁ=lɥi=kɔ=mə=syʁ=lε=de=kɔ̃bʁə 12
vjj=i=lə=de=paʁ 5
il=sɔʁ=ti=la=fɔ=ʁε=fy=mε=dɑ̃=lə=ma=tɛ̃ 12
sɑ̃=ku=pə=sɑ̃=ʁə=likə=e=sɑ̃=zy=nə=ʁe=pɔ̃sə 12
il=de=sɑ̃=di=la=pɑ̃tə=e=ɡa=ɲa=lə=lwɛ̃=tɛ̃ 12
e=də=ʁjε=ʁə=sε=pa=sə=ʁə=fεʁ=mε=la=ʁɔ̃sə 12
ʁjɛ̃=nə=fy=ʁe=ve=le=ʁjɛ̃=nə=fy=a=kɔ̃=pli 12
mε=sa=mɛ̃=su=vʁεsə=lə=e=ʁεs=tε=e=tɔ=ne 12
e=la=ba=sɑ̃=te=mwɛ̃=syʁ=lo=tεl=de=mɔ=li 12
la=ly=mjε=ʁə=vε=jε=la=nεf=a=bɑ̃=dɔ=ne 12
tu=ap=se=lə=tʁɑ̃təe=œ̃=na=ut=dø=milə=vɛ̃t=sis 12
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